L’empire Maïa dans un premier album solo francophone

On sourit quand l’auteure-compositrice-interprète Maïa (Hébert-Davies) annonce?: «Je sens en moi plusieurs caractéristiques masculines.» Elles ne sautent pas aux yeux en cet après-midi de fin d’été où, jean enfilé dans des bottes cavalières, la chanteuse offre l’ourlet de ses lèvres, le feu de son regard, la soie de sa voix.

Photo : Jocelyn Michel

Née à Montréal dans une famille bilingue, nourrie au meilleur grain (piano, opéra), elle choisit sans état d’âme l’anglais pour assumer son destin dans la musique pop. Avec trois filles unilingues anglophones, elle fonde Ladies of the Canyon, groupe de country-folk qui croît à grande vitesse depuis la parution, en 2010, de l’album Haunted Woman. Lors d’une tournée transcanadienne du quatuor incluant une soixantaine de spectacles dans les régions du Québec, Maïa ressent un coup de foudre pour sa province et se reconnecte à ses racines francophones maternelles en s’insinuant dans les villes et les villages de la Mauricie, de la Côte-Nord, de la Gaspésie. Celle qui chante «J’me gâche en ville» («Lac-des-Aigles») attrape la fièvre de la lenteur, découvre la façon de vivre loin des grands centres?: «On y prend le temps de bien faire les choses.»

En trois mois, elle écrit Héritage, son premier album solo en français (avec quatre titres en anglais, tout de même?!), sur lequel elle évacue des histoires d’enfance, les jeux de cache-cache à L’Anse-aux-Fraises, les amours à Lac-des-Aigles, la jeunesse de sa grand-mère sur l’île d’Anticosti. Ballots de souvenirs, bouffées de nostalgie?: plaisamment inactuelles, les chansons, caressées de folk duveteux, reposent sur des tournures inhabituelles qui créent une poésie insolite. Ainsi, dans «Éteignez-moi»?: «Je suis peau sans fourrure / Un Achille genre d’armure / Chirurgiée sans suture.»

Cette nécessité de se rebrancher à l’hémisphère francophone de son cerveau se jumelle à l’intérêt qu’ont suscité chez elle les nouvelles possibilités de la musique québécoise incarnées par les Karkwa, Malajube, Philippe B, Cœur de pirate et Catherine Major. «Avec eux, je me suis mise à réécouter la musique d’ici, que, pendant quelques années, j’ai trouvée peu inventive, peu signifiante sur le marché international.» Au plus haut des cieux de ses inspirations, la collectionneuse de vinyles (et de vins?!) place Bob Dylan et Alain Bashung. Grands crus, en effet.

«La timidité a longtemps bloqué mes initiatives. Un jour, j’ai décidé de ne plus avoir peur. On est sur terre pour avoir une vie excitante, non??» Maïa mettrait-elle la détermination au rang de ses «caractéristiques masculines»??

 

Héritage paraît le 25 sept.

 

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