L’entracte

Voyez comme vous êtes. On vous annonce un spectacle avec entracte, vous dites : « Un entracte, mais pour quoi faire? Et l’art, lui ? » On vous prévient que la représentation se jouera sans interruption, et vous dites : « Et mes fesses, elles ? » Vous n’êtes jamais content, vous finirez tout seul.

En attendant, vous voici à l’entracte d’une pièce ou d’un opéra qui vous suicide un peu, à ajouter du bruit au bruit dans un hall trop petit et très bondé. Personne ne parle du spectacle en cours, sauf pour souligner que l’actrice est moins belle en personne qu’à la télé.

Hier, l’entracte servait à remplacer les bougies qui éclairaient la scène. Aujourd’hui, il permet à l’artiste de remaquiller son trac, au bar du théâtre d’améliorer sa trésorerie et au public de montrer sa tenue, de prendre l’air ou la fuite, de téléphoner à la gardienne, de reconnaître dans la queue des toilettes Monique Miller – mais non, c’est Monique Mercure –, de lire le programme (souvent moins court en pensée que le spectacle) et d’allumer, enfin, à la définition de la grille de mots croisés sur laquelle on bute depuis des jours : « Vide les baignoires et remplit les lavabos » (trouvaille de la verbicruciste Renée David). Et on nous priverait de cet intermède ?

Quand vous retournez dans la salle après la pause de vingt minutes, il arrive que vous ne sachiez plus très bien ce que vous étiez venu voir. Et là, vous incriminez l’entracte.

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