Les 10 livres de votre été

Que vous soyez en vacances sur le bord d’un lac, en route vers le travail ou à relaxer à la maison, découvrez nos suggestions lecture de l’été. 

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1- Comme une version Arty de la réunion de couture, Cookie Mueller (Finitude)

Écrivaine, actrice, créatrice de mode, danseuse, critique d’art, performeuse, l’Américaine Cookie Mueller fait partie de ces personnalités marquées par des destins fascinants comme Nan Goldin, Robert Mapplethorpe, Jean-Michel Basquiat et bien d’autres qu’elle a côtoyés de près ou de loin. Elle écrivait comme elle vivait; de manière intense, fulgurante, insouciante et généreuse. À sa mort des conséquences du sida en 1989, elle a laissé derrière elle des textes touchants et décalés, des mots qui ne lui appartiennent qu’à elle, traduisant une époque révolue qui nous fait encore rêver. Ce livre en témoigne, révélant des trésors qui ne laisseront personne indifférent.

2- La trajectoire des confettis, Marie-Ève Thuot (Les Herbes rouges)

Sans aucun doute un des plus forts romans de l’année 2019 qui remportera nominations et prix au cours des prochains mois (prenez de l’avance !). Ce premier opus d’une auteure dans la trentaine est d’une remarquable densité, nous faisant suivre plusieurs personnages en différentes époques autour des relations sentimentales, de ce qu’on fait de nos pulsions, de ce qu’elles provoquent de meilleur et de pire en chacun de nous. Résumer ce titre en quelques lignes est une torture, tant il regorge de références, de perles géniales, de revirements, de thèmes et de tribulations qui en font un ovni qui divertit, en plus d’offrir à son lectorat une foule d’informations passionnantes sur plusieurs sujets qui vont dans toutes les directions. Bien qu’on puisse y voir quelque chose d’essoufflant ou de labyrinthique, il n’en n’est rien, puisque la voix est claire, l’écriture envoûtante et fluide. Du grand calibre littéraire par une plume novatrice et prometteuse. Subjuguant.

3- Charles Manson par lui-même, Nuel Emmons (Séguier)

« Le mythe de Charles Manson » ne pourrait survivre à ce livre, note Nuel Emmons dans l’introduction de ce recueil de propos d’un des plus célèbres tueurs qu’aura connu l’Amérique. Quant à Emmons, ça ne lui fut pas si difficile d’avoir accès au criminel, puisque c’est en partageant la même prison qu’il a accepté de lui raconter son histoire, sans trop se censurer, sûr de ne pas être cité de manière aussi crue et fulgurante. Et pourtant… Ce portrait du dangereux psychopathe nous amène dans les coulisses de sa vie, bien avant que Charles devienne Manson, bien avant qu’il devienne leader de sa « Famille », bien avant qu’il soit à la une des journaux et qu’on en fasse une sorte d’icône de la culture populaire. Comment devient-on monstrueux ? Avec quelle sorte de magnétisme on emprisonne les êtres les plus vulnérables dans nos filets ? Avec quel détachement est-ce possible d’être aussi cruel, tout en gardant le sourire ? Ce récit écrit à la première personne est glaçant tout en rapportant des informations qui donnent un peu plus à saisir les racines du mal. En espérant éclairer pour éviter qu’une telle malédiction surgisse de nouveau.

 4- La route du lilas, Eric Dupont (Marchand de feuilles)

« Si le lilas fleurit, il y aura mariage. Nul n’est cependant capable de prédire comment il se terminera, si le meilleur saura faire oublier le pire ni si le pire des cas est préférable au célibat. » Des extraits comme des perles, il y en a assez pour en faire des kilomètres de colliers, certainement assez pour parcourir la route du lilas imaginée par l’écrivain montréalais assez curieux et rigoureux pour tout connaître sur ses sujets avant de les aborder. Puisque l’histoire du Brésil y est aussi à l’honneur, il a même appris le portugais… Quant aux femmes, elles occupent une place centrale dans ce roman foisonnant qui fait irruption dans la vie à la fois ordinaire et empreinte de tumultes, de violence, d’amour, de désir et d’espoir de femmes qui nous apprennent à vivre. Parmi ces femmes, il y a celles qui gouvernent, celles qui souffrent, celles qui sont violentées, surtout celles qui combattent coûte que coûte.

5- Janet, Michèle Fitoussi (JC Lattès)

Née en 1892 à Indianapolis aux États-Unis, la journaliste Janet Flanner a très vite eu le béguin pour Paris et son art de vivre, si bien qu’au début du 20e siècle, elle s’y est installée avec son amoureuse, là où déjà les mœurs étaient plus libres pour y travailler certes, en y écrivant pour le New Yorker des chroniques sur la vie parisienne, mais aussi pour y côtoyer des artistes et intellos pas banals. En plus de relater avec brio la vie de cette femme de lettres avant-gardiste, la journaliste Michèle Fitoussi trace un portrait de ce Paris en pleine effervescence qui a jeté les bases du monde littéraire et culturel tel qu’on le connaît et tel qu’on l’apprécie de nos jours. En cette époque présente où le journalisme (et les journalistes) est en transformation, où le féminisme et les genres sont en train d’être réinventés ou repensés tout en étant heureusement plus à l’ordre du jour que jamais, cette biographie prodigieuse bien étoffée est plus que bienvenue.

6- Petits travers, Claire Bretécher (Dargaud)

Elle a commencé à dessiner parce qu’elle s’ennuyait dans sa Bretagne natale… C’est donc en débarquant à Paris que cette Claire Bretécher devient illustratrice, une des pionnières du côté des femmes à jouer dans les ligues majeures, si bien qu’en 1973 Le Nouvel Observateur lui offre un espace hebdomadaire ; La page des frustrés, dans laquelle elle a entre autres beaucoup illustré la maternité dans tous ses états ou l’adolescence à travers Aggripine, dont Aggripine déconfite est d’ailleurs sa dernière BD parue en 2009. Dans Petits travers, un concentré d’œuvres inédites — parce qu’elle ne jette rien… — avec son inventivité, son humour, ses expressions pas toujours si simples à saisir, car près de l’argot parisien… — on peut dire qu’elle a inventé une langue, un rythme, des dialogues, et qu’elle est unique. On retrouve avec joie et allégresse celle qui en a toujours fait qu’à sa tête, car libre et intuitive. Si Bretécher est toujours allée où bon lui chantait, s’inspirant de ses amies, de ce qu’elle voyait, de l’air du temps et de ses petites névroses avec aussi beaucoup d’autodérision, elle est aussi une figure marquante de l’Histoire moderne qu’il fait bon se rappeler ou découvrir.

7- Dîner à Montréal, Philippe Besson (Julliard)

L’écrivain français Philippe Besson appartient à cette catégorie de plumes franches, décomplexées, lucides et sensibles qui sont dans le récit de soi. Impudique à sa manière, certainement brillant et inspirant, il revient une fois de plus sur son histoire avec Paul Darrigrand dont il a été question dans des romans précédents. Cette fois, il est question d’un certain soir à Montréal alors qu’en visite de promotion dans la métropole québécoise, Besson revoit Darrigrand. Un rendez-vous est alors organisé et c’est avec conjoint et conjointe qu’ils se retrouvent l’instant d’un souper. Ce huis clos rempli de malaises savoureux et d’instants qui nous ramènent à nos propres nostalgies, foudroyant de tendresse et de petites cruautés. Vous le lirez d’un trait.

8- Dans le ventre – histoires d’accouchement, sous la direction de Elsa Pépin (Quai No5)

Chaque accouchement est différent. Parfois exaltants, souvent foudroyant, jamais sans douleur, ces instants d’une vie marquent à tout jamais l’existence d’une femme, d’une mère. Elsa Pépin a rassemblé autour d’elle onze femmes (Ariane Moffatt, Mélissa Verreault, Martine Delvaux, Anaïs Barbeau-Lavalette, Alexia Bürger, Mélikah Abdelmoumen, Julie Hétu, Éveline Marcil-Denault, Rébecca Déraspe, Arianne LaSalle) et un homme (Maxime Catellier) qui ont accepté de mettre en mots le souvenir de ce moment avec une générosité épatante. Ce partage d’une rare intensité parle de transmission, d’angoisse, de trauma, de déception, d’attente et d’amour bien sûr.

9- Carnets, Goliarda Sapienza (Le Tripode)

Connaissez-vous L’Art de la joie, roman de l’Italienne Goliarda Sapienza terminé en 1976, mais traduit en français seulement en 2005, presque dix ans après sa mort… Réduite à une grande précarité financière, l’écrivaine en est d’ailleurs ressortie épuisée, mais désireuse tout de même de poursuivre son travail d’écrivaine, tout d’abord de façon anodine, puis de plus en plus circonscrite autour d’un projet en notant au fil des jours ses pensées dans un cahier.

Cette aventure dura 20 ans, jusqu’à sa mort en 1996, alors qu’elle avait rempli près de 8 000 pages réparties sur plus d’une quarantaine de carnets. Tissé de réflexions sur différents sujets, de tranches de vie, d’illuminations, de songes, de souvenirs, de pensées tristes, douces ou comiques, cet immense livre est un chef-d’œuvre dont on vient d’avoir la traduction en français. La littérature italienne à son meilleure et à l’image d’un pays tout en contrastes, mais jamais tiède.

10- Graine de sorcière, Margaret Atwood (Robert Laffont)

La reine des écrivaines canadiennes, celle qui est reconnue à travers le monde entier, surtout depuis l’immense succès de la série Handmaid’s Tale primée aux Emmy Awards et adaptée de son plus célèbre roman, ne s’absente jamais très longtemps de son clavier d’ordinateur. Elle a même répondu à l’invitation de faire partie d’écrivains qui rendent hommage à Shakespeare chacun à leur façon en revisitant une de ses œuvres. Après C’est le cœur qui lâche en dernier et Neuf contes, ses nouvelles parues encore plus récemment, Graine de sorcière rend hommage à La Tempête du plus connus des dramaturge anglais du 16e siècle. Félix, licencié de son poste de directeur d’un prestigieux festival canadien et seul au monde après la mort de sa femme et de sa petite fille, se pousse dans les bois pour s’isoler et ruminer, penser à une manière de se venger de ceux qui l’ont congédié. 12 ans passent, et, un jour, il est embauché comme prof de théâtre dans une prison où il décide « d’utiliser » les détenus à « bon » escient.
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4 commentaires
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Pourquoi pas « Merci d’avoir soulevé. . .». On voit que l’erreur grammaticale omniprésente « Je vous partage » fait des petits. . .

Chère Claudia,

Vous m’avez oublié dans votre sélection dans laquelle je vais puiser. Mon dernier livre : Pensées pensives II ( aphorismes, saillies ,dessins et quelques citations) . Je me suis amusé à mettre quelques aphorismes qui déplairont à tout le monde. La pensée unique me révulse.
Mais votre passion pour le roman justifie vos préférences. Cordialement pc alias Hercule Potamot