Les 7 meilleures adaptations cinématographiques d’œuvres littéraires québécoises

L’histoire du cinéma compte plusieurs passages réussis de la page à l’écran. Parmi ceux-ci,  Incendies de Denis Villeneuve, Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau et Kuessipan de Myriam Verreault. Des films à voir, ou à revoir, pour se remémorer le pouvoir de la littérature et du cinéma québécois.

montage : L’actualité

Chroniqueur cinéma et séries pour le magazine L’actualité, Daniel Racine est, entre autres, critique de cinéma pour la revue Séquences, membre de l’Association québécoise des critiques de cinéma (AQCC), coprogrammateur et animateur du festival Vues du Québec, dans les Cévennes, en France, en plus d’animer les tournées du Conseil des arts de Montréal et de l’ONF. On peut le suivre sur Twitter, sur LinkedIn et sur Letterboxd

Il n’est jamais évident de faire passer un livre au grand écran, puisque le résultat de cet exercice un peu périlleux risque de déplaire tant aux lecteurs qui souhaitent voir une simple transposition du texte en images qu’aux cinéphiles qui préfèrent que le cinéaste s’approprie l’œuvre. N’empêche, plusieurs réalisateurs demeurent attirés par l’idée de transformer des œuvres littéraires en lumière pour nos salles obscures. C’est ainsi que, en 2023, le cinéaste Francis Leclerc présentera sa version du roman Le plongeur, de Stéphane Larue, qu’il a coscénarisée avec Eric K. Boulianne. Et l’on pourra aussi voir ce qu’aura fait Anne Émond de la pièce La meute, dont elle a cosigné l’adaptation scénaristique avec la dramaturge Catherine-Anne Toupin. 

D’ici la sortie de ces deux nouveaux films très attendus, voici mes sept adaptations préférées de pièces ou de romans québécois, des choix basés sur la force narrative du scénario, l’excellence de la réalisation et le poids culturel qui unit la version littéraire et la version cinématographique.

Incendies

scénarisé et réalisé par Denis Villeneuve

Où le voir ? Prime Video, illico, Crave, Apple TV+, YouTube, Google Play

En vedette : Mélissa Désormeaux-Poulin (la série Classé secret, Gabrielle), Maxim Gaudette (Confessions, Hygiène sociale), Lubna Azabal (Le bleu du caftan, Prendre le large) et plusieurs autres

Même s’il est possible de reconnaître que l’histoire d’Incendies se déroule pendant le conflit au Liban du Sud (de 1985 à 2000), le dramaturge libano-québécois Wajdi Mouawad ne le précise pas dans sa pièce Incendies, pas plus que le cinéaste Denis Villeneuve dans son impressionnante adaptation. Cette portée universelle, Denis Villeneuve l’a bien comprise ; avec les images fortes d’André Turpin, la direction artistique inspirée d’André-Line Beauparlant et l’interprétation viscérale de Lubna Azabal, il livre un puissant plaidoyer sur l’absurdité de la guerre. Depuis sa nomination aux Oscars en 2011 pour ce film, Denis Villeneuve n’a cessé de gravir les échelons de la reconnaissance et de la notoriété à Hollywood.

Kuessipan

scénarisé par Myriam Verreault et Naomi Fontaine, réalisé par Myriam Verreault

Où le voir ? Apple TV+, Vimeo, Crave, illico, Gem (gratuit), ICI Tou.tv Extra, Le Clap, Filmoption International, Cogeco

En vedette : Sharon Fontaine-Ishpatao (la série Toute la vie), Yamie Grégoire, Étienne Galloy (la série Les bracelets rouges, Avant qu’on explose) et plusieurs autres

L’excellent À l’ouest de Pluton, premier long métrage de Myriam Verreault (coréalisé avec Henry Bernadet), a prouvé que la cinéaste savait s’y prendre pour diriger de jeunes comédiens sans expérience de plateau. Ses quelques séjours dans des communautés innues et son approche bienveillante de la littérature autochtone faisaient de Myriam Verreault la personne toute désignée pour accompagner l’autrice Naomi Fontaine dans la transposition de ses personnages au grand écran. Kuessipan, c’est l’amitié entre deux adolescentes qui se trouvent à être innues, car la réalisatrice ne voulait pas faire un film « sur les Innus », mais bien avec eux. Touchant par sa sensibilité et porté par la force de ses interprètes — les révélations que sont Sharon Fontaine-Ishpatao et Yamie Grégoire —, Kuessipan nous donne le goût de plonger dans les mots de Naomi Fontaine.

La petite fille qui aimait trop les allumettes

scénarisé et réalisé par Simon Lavoie

Où le voir ? Apple TV+, YouTube, Google Play, Vimeo

En vedette : Marine Johnson (Les oiseaux ivres, La déesse des mouches à feu), Antoine L’Écuyer (Vivre à 100 milles à l’heure, C’est pas moi, je le jure !), Jean-François Casabonne (la série Félix, Maude et la fin du monde, Nelligan) et plusieurs autres

Pour ceux et celles qui ont lu l’extraordinaire roman de Gaétan Soucy, le passage de ces pages au grand écran pouvait sembler difficile, voire impossible. Comment met-on en images le conte d’un frère et d’une sœur qui doivent gérer le suicide de leur père, eux qui ont été volontairement coupés du reste du monde ? Racontée du point de vue de la jeune fille, avec la beauté de la plume de Gaétan Soucy, l’histoire représentait un défi de taille. Après l’adaptation réussie d’une nouvelle d’Anne Hébert pour son film Le torrent, le cinéaste Simon Lavoie a pris à nouveau son courage à deux mains et a su s’approprier le récit de Gaétan Soucy. La force évocatrice des mots du défunt auteur montréalais a été sublimée par l’envoûtante imagerie du directeur photo Nicolas Canniccioni et la réalisation impeccable de Simon Lavoie. 

Les Plouffe

scénarisé par Gilles Carle et Roger Lemelin, réalisé par Gilles Carle

Où le voir ? illico

En vedette : Gabriel Arcand (Le démantèlement, Le déclin de l’empire américain), Pierre Curzi (Une révision, Les invasions barbares), Denise Filiatrault (C’est le cœur qui meurt en dernier, La mort d’un bûcheron), Serge Dupire (Secret d’hiver, Le matou) et plusieurs autres

L’importance dans la culture québécoise du roman Les Plouffe de Roger Lemelin, et de toutes les adaptations qui en ont découlé, est un euphémisme, tellement ce livre fait partie des balbutiements de l’affirmation de tout un peuple pour sortir du duplessisme, en route vers la révolution tranquille. Cette famille fictive d’ouvriers de Québec a également eu droit à un populaire radioroman et au tout premier téléroman de notre histoire, qui ont tous deux extrapolé l’œuvre originale en lui inventant une suite. En 1981, plus de 30 ans après la sortie du livre, Gilles Carle a voulu revenir aux sources en collaborant au scénario avec l’auteur Roger Lemelin, ce qui l’a aidé à illustrer à merveille tous les soubresauts de ce clan familial. Le film a été un tel succès qu’il a inspiré à Roger Lemelin une suite, Le crime d’Ovide Plouffe, roman que Denys Arcand a adapté quelques années plus tard.

Les sept jours du talion

scénarisé par Patrick Senécal, réalisé par Podz (Daniel Grou)

Où le voir ? Prime Video, Apple TV+, YouTube, Google Play

En vedette : Claude Legault (Les oiseaux ivres, Pieds nus dans l’aube), Fanny Mallette (la série L’homme qui aimait trop, Chorus), Rémy Girard (Tu te souviendras de moi, Il pleuvait des oiseaux), Martin Dubreuil (la série Motel Paradis, La grande noirceur) et plusieurs autres

La littérature d’horreur et le cinéma de genre ne sont pas légion au Québec. C’est avec la popularité grandissante des romans de Patrick Senécal que le septième art a commencé à s’y intéresser de plus près. Après les films d’Éric Tessier Sur le seuil et 5150 rue des Ormes, c’est vraiment la terrifiante version cinématographique de Daniel Grou — mieux connu sous le nom de Podz — du roman Les sept jours du talion qui a confirmé que le redoutable imaginaire de Patrick Senécal fonctionnait aussi en salle. Pour son premier long métrage, le réalisateur de Minuit, le soir a créé une puissante atmosphère anxiogène, ponctuée de multiples malaises qui gardent captifs les spectateurs, tout comme le personnage de Martin Dubreuil est prisonnier des sévices d’un père vengeur interprété par Claude Legault.

Monsieur Lazhar

scénarisé et réalisé par Philippe Falardeau

Où le voir ? Apple TV+, YouTube, Google Play, Vimeo, Crave, illico

En vedette : Mohamed Fellag (Ce que le jour doit à la nuit, Le chat du rabbin),Danielle Proulx (la série Une autre histoire, C.R.A.Z.Y.), Sophie Nélisse (la série Yellowjackets, Ésimésac) et plusieurs autres

Au théâtre, Bashir Lazhar, d’Evelyne de la Chenelière, se déclinait sous la forme d’un long monologue, celui d’un immigrant nouvellement arrivé au pays qui remplace au pied levé une institutrice qui vient de se suicider. Le cinéaste Philippe Falardeau y a vu l’école et les enfants, assez pour s’investir corps et âme dans une adaptation qui allait devenir le bienveillant Monsieur Lazhar. Avec le doigté du réalisateur de Congorama, la pièce s’est s’enrichie d’une pléiade de personnages touchants, tous joués par des acteurs et actrices porteurs de vérité. Du grand cœur de Mohamed Fellag à la personnalité rayonnante de Sophie Nélisse, le charme de Monsieur Lazhar a séduit bien des spectateurs et a permis à Philippe Falardeau de fouler le tapis rouge de la cérémonie des Oscars, où son long métrage était finaliste en 2012.

Un dimanche à Kigali

scénarisé et réalisé par Robert Favreau

En vedette : Luc Picard (Confessions, Arsenault & fils), Fatou N’Diaye (OSS 117 : Bons baisers d’Afrique, Astérix & Obélix : Mission Cléopâtre), Céline Bonnier (la série Une affaire criminelle, L’arracheuse de temps), Fayolle Jean (Première vague, Là où Atilla passe…) et plusieurs autres

Le regretté Gil Courtemanche avait ce don d’aller puiser dans la plus pure humanité de chacun de ses lecteurs, de les exposer au pire qui recèle malgré tout un peu d’espoir. L’ancien journaliste, qui a vécu au Rwanda durant le génocide, s’est servi de cette expérience pour grandement nourrir son roman Un dimanche à la piscine à Kigali, où se côtoient la violence des affrontements et les touches de beauté encore visibles dans ce pays ravagé par la haine. Le réalisateur Robert Favreau a rendu justice à ce travail romanesque colossal, aidé du séduisant duo composé de Luc Picard et Fatou N’Diaye ainsi que de la photographie de Pierre Mignot, qui joue avec les contrastes entre l’aridité et le côté parfois chaleureux des lieux.

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