Les carnets de Douglas

Extrait du roman Les carnets de Douglas, par Christine Eddie, avec l’aimable autorisation des éditions Alto.
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Extrait du roman Les carnets de Douglas, par Christine Eddie

On s’imagine souvent que l’amour doit jaillir avec fougue, s’entourer d’un trouble désarmant et s’épanouir avec fracas. Pourtant, l’amour s’avance aussi à pas feutrés.

Il y eut d’abord les mensonges à détricoter.

Romain Brady ne s’appelait pas Létourneautout- court comme il l’avait lancé presqueméchamment à Éléna la première fois qu’elle pénétra chez lui. Il n’était pas biologiste et il n’avait pas parcouru le pays à la recherche de tohis aux yeux rouges, dont il aurait enendu dire que certains nichaient désor mais au nord du Cap-à-la-Morue. Éléna n’avait pas trouvé le refuge de Romain en suivant sa piste dans la boue des sentiers. Elle ne découvrait pas le royaume et les moeurs du grand homme sauvage qu’elle avait observé durant des semaines. Elle ne gardait pas non plus le secret puis que le soir, quand elle rentrait chez Mercedes, elle racon tait tout. Enfin, presque tout.

Romain ignorait la confiance et n’avait pas la plus petite idée du chemin à suivre pour la trouver. De son côté, Éléna, obsédée par la clarinette toujours enfermée dans son étui et rangée derrière le bois près du foyer, commençait à désespérer de la réentendre.

Détricoter les mensonges fut très long.

***

Eh bien oui, quelquefois l’amour sait être grandiose.

Pour Douglas, Éléna choisit le corps qui lui allait le mieux. Elle demanda à l’humidité de lui boucler encore plus les cheveux et au soleil de lui colorer les joues. L’eau de la rivière lui adoucissait la peau et la lumière égayait ses yeux. Elle enfila ses jambes du dimanche et se vêtit de ses plus beaux seins.

Elle s’accrocha à la bonne humeur et son rire se mit à retentir en écho dans la forêt. Aimer Douglas la rendit plus heureuse. Pour Éléna, Douglas déverrouilla son âme. Timidement d’abord, puis avec confiance, comme une fenêtre qui s’ouvre lentement sur la mer. Il vida devant elle ses vieux tiroirs, laissant s’envoler ses craintes, une à une, libérées du tourment où il les avait tenues enfermées. Il dépoussiéra sa solitude. Avec l’aide de Mozart, de Liszt, de Schumann et de Debussy, il lui fit cadeau d’une tendresse empreinte de grâce. Et, entre les pages jaunies de ses livres de poésie, il trouva les mots de l’amour. Aimer Éléna rendit Douglas plus humain.

 

La suite dans le livre…

 

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