Les derniers jours de Smokey Nelson

Extrait du roman Les derniers jours de Smokey Nelson, par Catherine Mavrikakis, avec l’aimable autorisation des éditions Héliotrope.

Extrait du roman Les derniers jours de Smokey Nelson, par Catherine Mavrikakis

Mais vas-tu avancer putain de Chinois!!! Tu vois pas que tu vas me faire rater mon entrée dans le cimetière, pauvre type… Enfin, qu’est-ce que tu fous??? Va te garer, soleil levant! Dégage de ma route… J’ai jamais connu un connard comme ça ! T’as vu ça, Betsy ? Ils t’ont réveillée, ces salauds… Tu dormais bien, ma poule ! Un vrai bruit de moteur que tu faisais… Un son de tracteur. Regarde, regarde… Putain! Voilà que toute la famille asiatique est là… Merde… Je peux plus bouger… Un cortège de chinoiseries en tous genres… Même pour les enterrements, ils lâchent pas le clinquant, ces gens-là… Ils foutent de l’or partout… Comme dans leurs pagodes… Faut que ça nous aveugle… Pire que les phares de ma bagnole! Y en a un qui a dû claquer et toute la communauté a rappliqué ce matin pour le conduire à son dernier repos! Fallait que ce soit le jour où je venais ici, au Greenwood Memorial Park Cemetery! J’ai mis un peu de temps à trouver l’endroit… J’ai tourné pas mal avec la voiture… Malgré les indications fournies par mon coloc Lewis… Tu dormais, Betsy… Tu faisais bien de ronfler, ma locomotive adorée, je m’étais vraiment perdu sur le chemin… Y avait rien à voir… Quelle poisse! À croire que ces Chinois portent malheur ! C’est pas la première fois qu’ils me font un coup de la sorte… Ils envahissent la ville, oui ! Viennent de leur putain de pays de là-bas et se reproduisent ici comme des lapins… Ils sont des milliards chez eux… Il leur faut de l’espace… Allez-vous vous magner un peu, les gars??? Si vous continuez comme ça, vous risquez d’assister aux funérailles de quelques-uns d’entre vous… Ça va saigner ! Ma chienne va vous bouffer le nez et l’arrière-train ! Va falloir que tu montres les crocs, Betsy, que tu fasses ta dure, que tu les impressionnes les guerriers kung-fu! Y a des limites à ma patience… Merde… Vais leur faire passer l’envie de pleurer, moi… C’est pas vrai… Mais… C’est pas vrai… Divine putain, je peux pas croire ce que je vois… Ils roulent comme des bonnes femmes, ces types, dans leurs voitures riquiqui… Mais oui, mon chéri, tu vas apprendre à te garer un autre jour! Pousse-toi, demi-portion ! Je veux juste passer à droite… Pfff ! Non ! En voilà un qui veut sortir et qui a la bonne idée d’aller dans le sens contraire de ses petits amis… Il manquait plus que ce con ! Et puis, y a tous les copains qui ont décidé de lui faire des signes d’au revoir… Il s’en va sûrement chercher des cigarettes, les gars ! Pas la peine de lui jouer votre grande scène d’adieu… Inutile de sortir les mouchoirs et de préparer un discours… On dirait que la Chine dans son entier s’est donné rendez-vous ici aujourd’hui, dans cette merde de cimetière… Tout le peuple de mandarins… À Renton… Pour l’enterrement d’un vieux bonze… Ça n’en finit plus… Bon, voilà autre chose… Ça se gare… Oui, c’est ça, ma biche, comme ça… Juste comme ça… Oui, doucement, doucement… Tu vas y arriver… Prends ton temps, surtout… Je suis pas pressé… Personne n’est pressé… T’es décontract’, à l’aise, mon ami… Je suis heureux pour toi… Dis-moi, juste de toi à moi : tu l’as trouvé dans une boîte de Cracker Jack, ton permis ? Oui, bien sûr que oui, hein ? Je répéterai ça à personne… Betsy conduirait mieux que toi, minable… Y a pas de bagnole dans ton pays, mon vieux ?… Arrête de me zieuter ! Je suis noir comme le charbon avec lequel tu chauffais ta maison dans ton trou paumé et ma bagnole est grande comme un paquebot… C’est autre chose que le rafiot qui t’a amené jusqu’ici… C’est la première fois que tu vois un truc pareil? Faut pas te mettre dans un tel état ! Oui, oui, j’ai une Lincoln Continental blanche et décapotable qui date de 1966… T’as pas dû connaître, mon ami, celle de Kennedy à la télé… Chez vous, y avait la censure et puis vous aviez que la radio, je suppose… À Dallas, au moment de sa mort, John Fitzgerald était dans une Lincoln noire, décapotable… De 1961… Ça l’a pas empêché d’être assassiné… Kennedy, ça te dit quelque chose, mon chéri? Tu te rappelles que Mao ? Ça t’impressionne, mon trésor, de voir Betsy, ma chienne, juste à mes côtés, sur le siège du passager, en train de te regarder comme si t’étais vraiment un con… Ben, tu apprendras, mon vieux, que Betsy est cent fois plus maline que toi… Elle fait plein de trucs que tu peux même pas imaginer ! Un bull-terrier comme elle, ça a rien à voir avec un caniche pomponné par sa mémère… C’est pas parce que chez vous ou chez des gens de ton espèce, on les vend comme du bétail et qu’on les bouffe les cabots que tu dois te mettre à saliver quand tu vois ma chienne ! C’est moi qui vais te dévorer, ma grosse soupe tonkinoise…

 

La suite dans le livre…

 

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