Les disques – 15 mai 2007

 

Hamelin au sommet
Joseph Haydn: Sonates pour piano nos 50, 40, 46, 41, 52, 23, 43, 24, 32 et 37. Marc-André Hamelin, piano. Hyperion CDA 67554.

L’extraordinaire pianiste montréalais Marc-André Hamelin semble atteindre, à 46 ans, cette étape bénie que l’on appelle la période de maturité. Dans ses concerts et disques précédents, celui qui est probablement le plus grand technicien des pianistes actuels a fait connaître au monde entier des œuvres rarement entendues — notamment à cause de leur grande difficulté — de compositeurs tels qu’Alkan, Medtner, Godowsky ou l’Américain William Bolcom. Par ses prouesses, Hamelin est toujours demeuré un grand musicien, mais ces deux disques (pour le prix d’un, quelle aubaine!) consacrés aux sonates injustement négligées de Haydn font ressortir avec plus d’évidence une sensibilité qui trouvait moins de débouchés dans les partitions héroïques. Pour un pyromane du clavier comme Hamelin, ces pages sont, sur le plan technique, un jeu d’enfant: il va donc à l’essentiel. La musique flotte, aérienne. Les mouvements lents sont rendus avec une délicatesse exquise — celui de la Sonate no 46 est une merveille. En fait, la technique d’Hamelin est essentielle à cette musique transparente, mise en valeur par une égalité de jeu dans les passages rapides et des trilles parfaits. La virtuosité se manifeste ici dans la subtilité du toucher, enregistrée à la perfection par l’ingénieur du son. Encore!

Gilels en récital
Œuvres de Wolfgang Amadeus Mozart, Ludwig van Beethoven, Robert Schumann et Felix Mendelssohn. Emil Gilels, piano. DVD Deutsche Grammophon 00440 073 4265.

Il reste peu de concerts sur film de l’immense pianiste russe Emil Gilels, décédé en 1985, à 68 ans. Ce DVD, qui reprend un récital présenté en Autriche en 1971, au festival de Carinthie, est donc précieux. D’autant plus qu’il comprend quelques-uns de ses chevaux de bataille — notamment la Fantaisie en ré mineur de Mozart et la Sonate «Waldstein», de Beethoven — dans des interprétations qui coupent encore le souffle. La plénitude du son (marque distinctive de Gilels), les contrastes entre la brillance des passages rapides et la lenteur méditative des autres mouvements, le sens de l’architecture qu’il donne à la musique sont sidérants. Les connaisseurs se réjouiront des gros plans constants sur ses étranges mains — qui paraissent davantage faites pour couper de la saucisse que pour ciseler les chefs-d’œuvre. Cependant, après qu’on a vu le DVD, la seule écoute de la bande audio est plus satisfaisante. Ce géant du piano, au demeurant un petit homme trapu aux allures de boxeur, n’est pas particulièrement inspirant à regarder. À écouter, c’est autre chose…

Dvorák pour le Smetana
Antonín Dvorák: Trio pour piano «Dumky», op. 90; Trio pour piano en fa mineur, op. 65. Trio Smetana. Supraphon 3872-2.

Le trio pour piano réunit le piano et deux autres instruments, habituellement le violon et le violoncelle. Cette combinaison a inspiré nombre de compositeurs du 19e siècle, dont le Tchèque Antonín Dvorák. Ce disque nous présente une excellente formation de chambre, peu connue en Amérique, spécialisée dans le répertoire tchèque. Le Trio Smetana avait déjà séduit l’Europe en 2005 avec un premier enregistrement consacré à Smetana, Suk et Novák. Intensité, jeu d’ensemble irréprochable, grande distinction dans le style: voilà une belle découverte.

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