Les disques – 1er juin 2007

 

Échec et maths !
Daniel Bélanger L’échec du matériel Audiogram/Select

Que n’a-t-on pas déjà écrit sur Daniel Bélanger ? Parcours irréprochable, succès et qualité continus : c’est notre artisan le plus stable depuis 15 ans. De plus, il fait preuve d’une vraie démarche créatrice, d’une discrétion et d’une modestie exemplaires, et prend continuellement des risques. Pourtant, Daniel Bélanger est un tourmenté et un solitaire qui cherche désespérément un homme debout. Un peu comme Diogène avec sa lanterne. Pour décoder ses chansons sibyllines aux décors souvent tristes et froids, il nous faudrait chaque fois de nouvelles clés. Mais le public les trouve sans peine tant ce talent le réconforte. Il existe donc une véritable symbiose entre l’auditoire et ce créateur obstiné qui met chaque fois la barre un peu plus haut. « Plus j’ouvre ma porte / Plus j’invite et plus on m’incite / À la faillite / De ma spiritualité », écrit-il dans « Plus », une des réussites singulières de sa belle carrière. Sagace, il jongle avec le poids des mots, actionne des jeux de miroirs où pivotent la tendresse et le cynisme, la vérité et la dérision. Et puis, cette analyse lucide et sans prêchi-prêcha de la société de consommation qui grignote notre humanité est déjà une prouesse en soi, non ?

La petite sœur de la bossa-nova…
Bebel Gilberto Momento Six Degrees/Outside

Soûlée de soleil, les pieds dans l’eau tiède, les hanches en cadence, Bebel déambule nonchalamment sur une plage déserte loin de Rio. Voilà ce que suggère la jolie pochette de la digne fille de João Gilberto. À l’écoute, c’est pareil : sonorités enveloppantes, tropiques idylliques, langueurs non monotones, chansons câlines engourdies d’une paresse toute sensuelle. Cela étant dit, ce nouvel ouvrage vient clore en beauté une trilogie amorcée au tournant du millénaire par le magnifique Tanto Tempo. Ici, on dépoussière la bossa de papa avec une vision plus futuriste, plus lounge, plus cool. À noter : l’étroite collaboration avec le Britannique Guy Sigsworth, complice occasionnel de Björk et même de Madonna. Ça peut paraître trop léché ou surfait par moments, mais dans l’ensemble Momento est un beau disque, qui possède une véritable ambiance et suit une direction bien déterminée sur le plan de sa réalisation. Même si la meilleure chanson est celle qui sort du cadre : « Tranquilo », avec le très rustique Orchestra Imperial, la plus chaloupée et la plus organique.

 

Treize à la douzaine
Forestare Forestare Atma Classique/Select

Que peut-on faire avec 12 guitares sèches et une contrebasse ? « Emmener l’auditeur à l’extérieur de lui-même, vers de nouveaux horizons, pour respirer les splendeurs de la faune musicale. » Voilà. L’objectif est ainsi énoncé dans le livret de cet album insolite et fort ambitieux. Vous aurez deviné qu’il ne s’agit pas là d’un CD de musique populaire. Même si Richard Desjardins se joint à 13 inconnus partis en croisade, tous fascinés par la forêt, pour déclamer magistralement « La maison est ouverte », coécrite avec Michel X. Côté, et surtout « Les Yankees », chanson créée pour Les derniers humains, il y a près de 20 ans. Le directeur artistique Alexandre Éthier concrétise son idée « d’un ensemble de guitares qui rendrait hommage aux arbres, dont le bois constitue nos instruments », en explorant le répertoire savant de quelques compositeurs contemporains, comme Denis Gougeon, Leo Brouwer et d’autres moins connus. Partout, on sent le frémissement des feuilles et la puissance de la sève. Si vous n’avez pas peur du silence et du vent dans les branches, ce disque enregistré au Domaine Forget, à Saint-Irénée, renferme des moments assez impressionnants.

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