Les disques

 

Autour de Christophe Colomb
Paradis perdus. Montserrat Figueras, soprano; les ensembles Hespèrion XXI et La Capella Reial de Catalunya, dir. Jordi Savall. Livre-disque (2 CD). Alia Vox AVSA9850A+B.

L’infatigable et indispensable Jordi Savall, le Catalan qui a redonné vie à la viole de gambe, a célébré le quadricentenaire de la première édition de Don Quichotte, en 2005, par un superbe livre-disque où il mettait en contexte musical des extraits de l’œuvre de Cervantès. Un an plus tard, il récidivait en soulignant, cette fois, le 500e anniversaire de la mort de Christophe Colomb. Somptueuse: c’est le mot qui décrit le mieux cette réalisation, qui se présente comme un livre de luxe garni de deux CD. Paradis perdus fait plus que brosser un tableau d’époque. Le titre fait allusion aux diverses cultures qui ont marqué l’Espagne au temps du grand amiral. Les textes récités et les musiques vont d’un récit prophétique de Sénèque, annoté par Colomb lui-même, qui annonce la découverte future d’un monde nouveau par un marin intrépide, à un Miserere de la Renaissance espagnole qui aurait pu être chanté aux funérailles du découvreur. Entre les deux, des pièces instrumentales de la fin du 15e siècle exécutées par les ensembles qu’a fondés Savall, sur instruments d’époque, naturellement. Plus des airs espagnols interprétés par le soprano éthéré de Montserrat Figueras, qui alternent avec d’autres chants en hébreu, en araméen, en arabe ou en quechua. Ils évoquent aussi bien l’exode des Juifs ordonné par les souverains espagnols que la conversion forcée des Maures ou la conquête de l’Amérique. Dans le très beau texte d’introduction, Savall dit, notamment, vouloir «donner à ce projet le sens d’un geste nécessaire de réparation envers tant d’hommes et de femmes ayant appartenu à l’une ou l’autre de ces cultures ou croyances différentes des nôtres, et dont nous n’avons pas été capables de comprendre et respecter la différence». En ces temps troublés où resurgit la difficulté d’accepter la différence, l’enchantement de ces paradis perdus arrive à point nommé.

Debussy à l’orchestre
Children’s Corner
. Œuvres pour piano de Claude Debussy orchestrées par André Caplet, Ernest Ansermet, Leopold Stokowski, Maurice Ravel et Henri Busser. Orchestre symphonique de Québec, dir. Yoav Talmi. ATMA SACD2 2377.

Le chef d’orchestre Yoav Talmi, directeur artistique de l’Orchestre symphonique de Québec depuis 1998, est connu pour faire accéder au plus haut niveau les orchestres dont il accepte la charge. Non seulement il ne fait pas mentir sa réputation à Québec, mais il accumule les idées originales: c’est lui qui a entraîné l’OSQ dans l’aventure du Concerto de Québec, d’André Mathieu, ressuscité par le pianiste Alain Lefèvre. Le voici maintenant dirigeant sa formation dans des orchestrations d’œuvres de Debussy, signées par des compositeurs et chefs d’orchestre de renom. Le maître français de l’impressionnisme musical a surtout écrit pour le piano, mais sa musique aux nuances chatoyantes se prête on ne peut mieux aux couleurs infinies de l’orchestre, présentes ici dans toutes leurs subtilités. En dépit du titre — Debussy lui-même a choisi la formule anglaise Children’s Corner, reflet de l’anglophilie du début du 20e siècle en France —, il ne s’agit pas de musique pour enfants, et le programme juxtapose des œuvres rarement jouées et d’autres bien connues, en particulier Clair de lune, dont on nous propose deux orchestrations différentes. Une autre bonne idée de Yoav Talmi.

Hilary, première dame
Hilary Hahn: A Portrait. Erich Wolfgang Korngold: Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, op. 35. Hilary Hahn, violon, Philharmonie de Berlin, dir. Kent Nagano. Wolfgang Amadeus Mozart: Sonate pour violon et piano, K. 301. Hilary Hahn, violon; Natalie Zhu, piano. DVD DG 00440 073 4192.

Ce concert-portrait sur DVD confirme, si besoin était, l’intelligence musicale, l’humilité artistique, la polyvalence et la grâce de Hilary Hahn. À 27 ans, la violoniste américaine a déjà plus de 12 ans de carrière à son actif, et les entrevues qui encadrent les deux concerts révèlent une maturité que pourraient lui envier des interprètes quinquagénaires. En prime, le concert berlinois nous montre notre Kent Nagano en grande forme, à la tête de son ancien orchestre.

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