Les disques

 

Boudreau l’irrépressible
Walter’s Mixed Bag. Œuvres de Walter Boudreau. Olga Ranzenhofer, violon. Ensemble de la SMCQ, dir. Walter Boudreau; Ensemble de percussions McGill, dir. Pierre Béluse. ATMA classique ACD2 2551.

Si Walter Boudreau n’existait pas, il faudrait l’inventer. L’énergie et la délicieuse irrévérence de cet iconoclaste dans l’âme sont intactes à la veille de son 60e anniversaire. Ce n’est pas d’hier que l’exubérant compositeur et chef d’orchestre, qui est depuis 18 ans directeur artistique de la très sérieuse Société de musique contemporaine du Québec, fait mentir le cliché voulant que musique contemporaine et humour soient incompatibles. Au temps de l’Infonie, fondée en 1967, lui et son complice, le poète Raoul Duguay, sont déjà entrés sur scène avec, accrochés aux oreilles, des cintres garnis de chaussettes, et le catalogue de ses œuvres comprend Variations II «Dans les champs il y a des bibittes». Mais Walter Boudreau est avant tout un compositeur qui sait comme pas un faire sonner et éclater les instruments. Ce don sert à merveille les sujets grandioses qu’il affectionne: beaucoup de ses pièces portent sur la création du monde, les planètes, les étoiles… Le chef concepteur de la Symphonie du millénaire (19 compositeurs, 333 musiciens, 2 000 carillonneurs, 15 clochers, deux camions de pompiers), c’était lui! L’éclectique Walter’s Mixed Bag fait suite à Walter’s Freak House, paru en 2002, qui comportait Golgot(h)a, époustouflante interprétation du chemin de croix. Le plus récent CD, pour sa part, réunit plusieurs côtés de Boudreau. Son humour est représenté par Le récital, histoire de la musique occidentale en cinq minutes. Son sens de la grandeur, par Les sept jours, sur le thème de la création du monde. Son apport à la musique de scène, par L’asile de la pureté, partition composée pour la pièce éponyme de Claude Gauvreau. Et son sens de l’amitié s’incarne dans La vie d’un héros, hommage au regretté Claude Vivier, où les passages empruntés à la musique de ce dernier, travaillés avec brio par Boudreau, font office de photos de famille. Comme quoi l’orchestrateur rutilant peut, aussi, émouvoir.

Gould, le mythe
Glenn Gould: Au-delà du temps. Film de Bruno Monsaingeon. Ideale Audience International DVD9DM24.

Bien qu’il ne s’agisse pas d’un disque à proprement parler, ce DVD consacré au pianiste Glenn Gould jette un éclairage indispensable sur l’art du musicien canadien le plus célèbre. La musique est omniprésente dans le film de Bruno Monsaingeon, qui fut son ami intime. On y voit Gould à toutes les étapes de sa carrière, en concert et en studio, en solo ou en duo, ce qui en fait un sublime récital à travers le temps. Ses explications de plusieurs interprétations controversées, où le provocateur en lui jubile, valent le détour. L’anticonformiste du clavier, qui délaissa le concert à 32 ans au profit du studio d’enregistrement, se révèle un être chaleureux malgré son côté asocial (qu’il reconnaît), un être d’une culture et d’un humour prodigieux, et des témoignages touchants illustrent les passions qu’il continue de susciter. Détail précieux: Monsaingeon fait exprès de varier le répertoire, pour montrer que Gould n’a pas joué que du Bach…

Le grand-prêtre de Bach
Jean-Sébastien Bach: Messes en si mineur, fa majeur, sol majeur, sol mineur et la mineur; Sanctus en ré majeur. C.P.E. Bach: La résurrection et l’ascension de Jésus. Solistes, Collegium Vocale, Orchestra of the Age of Enlightenment, dir. Philippe Herreweghe. Coffret de cinq CD. Virgin Classics 00946 372856 2 6.

Philippe Herreweghe et les ensembles qu’il a fondés, notamment le Collegium Vocale, sont, comme Glenn Gould, des références obligées pour la musique de Jean-Sébastien Bach. En plus d’offrir un fabuleux rapport qualité-prix — cinq CD pour le prix d’un —, ce coffret est essentiel du fait qu’il propose non seulement la grande Messe en si mineur, mais aussi quatre courtes messes beaucoup moins connues. Le programme est complété par une pièce religieuse de Carl Philipp Emanuel Bach, œuvre que le plus célèbre des fils de Jean-Sébastien considérait comme sa meilleure et dont la création, en 1788, fut dirigée par nul autre que Mozart.