Les disques

 

La ballade du grand Zach
Zachary Richard Lumière dans le noir Musicor/Sélect (66 min)

Les chants désespérés sont les chants les plus beaux, dit-on. Les cicatrices vives laissées par l’ouragan Katrina et une colère encore palpable ont poussé notre Louisianais préféré à donner ici son plus beau disque. Évidemment, les préoccupations écologiques sont au centre de cette création artistique «entre les tempêtes et les rêves», comme l’écrit Zachary Richard dans ce carnet de voyage aux quatre coins de la francophonie. L’entreprise est chapeautée par l’organisme Greenpeace, et les invités surprenants qui émaillent cette galette (Wynton Marsalis, Ani DiFranco, Stéphane Sanseverino, entre autres) étoffent encore l’enregistrement, qui regorge d’humanité avec ses sonorités et ses couleurs de bois, de terre et de boue. Des chansons inoubliables, comme «Île Dernière», «La promesse cassée» et le blasphématoire «Ô, Jésus», balayées par les vents. Un grand cru.

Tu n’en Norah pas…
Norah Jones Not Too Late Blue Note/EMI (46 min)

S’il y a une chose qu’on ne peut enlever à Norah Jones, c’est son impeccable intégrité artistique. La timide chanteuse ne s’est jamais compromise à faire quoi que ce soit de plus commercial, plus piano, plus pop ou plus jazz. En même temps, celle que l’on décrit souvent comme trop tranquille ou trop sage s’est aventurée constamment, pendant cinq ans, hors des sentiers battus, avec son modeste groupe country, les Little Willies, autant qu’avec toute une pléiade d’artistes alternatifs, allant du soul urbain au blues en passant par le grassroots. Tout pour déjouer le système, tout pour rester elle-même, dans ses projets en solo comme dans tous ceux qu’elle partage avec son chum et contrebassiste, Lee Alexander. Et force est de reconnaître que ce troisième album qu’ils ont entièrement écrit et réalisé ensemble est encore ce qu’ils ont fait de plus personnel à ce jour. Un autre énorme succès universel, sans forcer la note, sans rien à prouver, rien pour impressionner. Petits moments de bonheur, mais aussi des textes doux-amers, plus engagés et même parfois désabusés, comme «Sinkin’ Soon» et «My Dear Country», paraboles vaguement macabres sur l’Amérique républicaine à la dérive.

Les divas qui font pop
Artistes variés Dreamgirls Sony/Sony BMG (71 min)

C’est quand même curieux que la quasi-totalité des chansons réunies sur la bande originale du film Dreamgirls proviennent d’une comédie musicale de Broadway écrite au début des années 1980. Un vrai régal pour les gourmands du son Motown! Car si la version transposée au grand écran en 2006 reste une œuvre très grand public, un mélodrame avec de grosses ficelles qui souffre parfois d’un certain décalage, elle s’en tient pourtant toujours au plat de résistance, au matériau de base: le phénomène soul et R&B, une des plus belles inventions du siècle passé. Et il y a ici un savoir-faire expert, un respect, voire un culte de tous les codes du genre, qu’il faut prendre au second degré. L’ensemble est en effet sous-tendu par une approche critique, qui l’amène parfois à friser le pastiche sans jamais être inintéressant. Bien sûr, il y a la très voluptueuse Beyoncé et même le valeureux Eddie Murphy, qui lui tente sa chance dans un rôle de composition — croisement d’Otis Redding et de James Brown mettant à profit des cordes vocales qu’on ne lui connaissait guère. Mais c’est la flamboyante Jennifer Hudson qui remporte très justement l’Oscar, rugissant sa passion comme une jeune Aretha dans le rôle d’Effie.

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