Les disques

 

Grisante Griselda
Antonio Vivaldi: Griselda. Avec la contralto Marie-Nicole Lemieux dans le rôle-titre. Ensemble Matheus, dir. Jean-Christophe Spinosi. Coffret de trois CD. Naïve OP 30419.

La chanteuse jeannoise Marie-Nicole Lemieux est en voie de devenir l’une des plus grandes contraltos de notre époque. Déjà, sa voix exceptionnelle, alliée à une présence scénique et à une générosité de tempérament hors du commun, avait créé une onde de choc lorsqu’elle avait raflé, à 24 ans, le convoité premier prix du concours Reine Élisabeth de Belgique, en 2000. Quatre ans plus tard, la parution de l’enregistrement de l’opéra de Vivaldi, Orlando furioso, où elle tenait le rôle principal, lui valait les éloges de la critique du monde entier. Revoici Marie-Nicole Lemieux dans un autre opéra de celui qu’on a surnommé le «Prêtre roux»: Griselda. Ses talents dramatiques y brillent tout autant, sinon plus, que dans Orlando, puisque Vivaldi a écrit cet opéra, notamment, pour mettre en valeur sa protégée Anna Girò, une chanteuse qui était son élève… et peut-être plus, si l’on en croit les rumeurs de l’époque. Griselda raconte les souffrances et les humiliations d’une reine d’abord méprisée par ses sujets à cause de ses origines modestes, mais qui finit par en gagner le cœur grâce à sa vertu et à sa persévérance. Cet opéra figure parmi les quelque 450 œuvres manuscrites de Vivaldi qui dormaient à la Bibliothèque de Turin. Il s’agit d’une musique qui, pour l’essentiel, n’a pas été reprise depuis le 18e siècle. Le label Naïve en a entrepris l’enregistrement — plus de 100 disques devraient avoir paru d’ici 2015. Comme pour Orlando, on a ici fait appel au magnétique chef d’orchestre corse Jean-Christophe Spinosi et à l’Ensemble Matheus. Marie-Nicole Lemieux est en excellente compagnie: toute la distribution est étincelante. Mais il faut signaler la prestation d’un jeune ténor époustouflant, le bien nommé Stefano Ferrari, dont la virtuosité est à couper le souffle.

De Freud à Schubert
Œuvres de Franz Schubert, d’Anton Webern et d’Alban Berg. Jean-Guihen Queyras, violoncelle, et Alexandre Tharaud, piano. Harmonia mundi 901930.

Le violoncelliste Jean-Guihen Queyras, qui a quitté son Montréal natal pour la France à l’âge de cinq ans, fait partie des rares musiciens capables d’éloquence autant lorsqu’ils parlent de la musique que lorsqu’ils la jouent. «Je ne vois pas de compositeur viennois, a-t-il dit, qui ne soit pas marqué par tout le travail d’introspection symbolisé par la psychanalyse. Schubert est, en quelque sorte, un précurseur de tout ce mouvement.» Jean-Guihen Queyras n’a donc pas hésité, sur cet enregistrement réalisé avec le très subtil pianiste français Alexandre Tharaud, à associer à Schubert deux compositeurs viennois du 20e siècle dont la musique n’est pas apparentée à première vue à la sienne: Anton Webern et Alban Berg. Cela n’étonne pas quand on sait que l’éclectique violoncelliste, qui affectionne le baroque, a été membre de l’un des ensembles phares spécialisés dans le répertoire actuel: l’InterContemporain de Pierre Boulez. Ce disque est un régal. Les interprètes se montrent bouleversants dans la très belle sonate de Schubert composée à l’origine pour arpeggione — instrument à mi-chemin de la guitare et du violoncelle, qui n’a pas survécu — ainsi que dans leurs propres transcriptions de mélodies du même compositeur. Mais ils le sont tout autant dans les miniatures de Webern et de Berg, qu’ils cisèlent à la perfection.

Sa Majesté Edita
Gaetano Donizetti: Roberto Devereux. Opéra sur DVD, avec Edita Gruberova, soprano. Chœur et orchestre national de Bavière. DG 00440 073 4185.

Ce n’est pas d’aujourd’hui que les turbulences amoureuses de la famille royale anglaise défraient la chronique. Gaetano Donizetti, champion du bel canto, en a fait la matière première d’une trilogie dramatique qui comprend Roberto Devereux. Les péripéties d’un ménage à trois, fût-il princier, n’ont pas inspiré beaucoup de metteurs en scène, et la transposition de l’intrigue à notre époque ne fait rien, ici, pour arranger les choses. Mais ce DVD en vaut la peine, ne serait-ce que pour la performance extraordinaire de la reine — celle du bel canto —, l’incroyable soprano colorature tchèque Edita Gruberova, qui s’offre le luxe d’être, en plus, une comédienne hors pair. Ne pas oublier le maïs soufflé…

Laisser un commentaire