Les disques

À Mali, Mali et demi…

Dee Dee Bridgewater: Red Earth : A Malian Journey. Emarcy/Universal.

À Mali, Mali et demi…

Dee Dee Bridgewater: Red Earth : A Malian Journey. Emarcy/Universal.

C’est l’histoire d’une chanteuse afro-américaine qui, après 20 ans passés en France, s’offre un voyage sur la terre de ses ancêtres, dans une vraie quête esthétique et spirituelle. Pourtant, de Dizzy Gillespie à Randy Weston, la musique américaine issue du blues avait tenté maintes incursions dans le creuset de ses véritables origines. Mais un clash comme celui-ci, on n’en avait encore jamais vu. Déjà, l’ouverture spectaculaire, « Afro Blue », avec des tambours parleurs surgis du fin fond de la brousse, frise l’anthologie. L’irruption de rappeurs dogons dans la relecture d’une chanson anti-guerre des années peace and love vient clore le tout comme une gifle. Le scat contre la technique séculaire des meilleures chanteuses du Wassoulou ; les rencontres du piano et de la contrebasse avec la kora, la calebasse, les ngnoni et les balafons rustiques du Mali — tout cela produit un résultat inédit et envoûtant. C’est parfois touffu, impétueux et inégal, mais dans son ensemble, cette remontée du fleuve Niger donne un des disques importants de l’année 2007. Certaines chansons datent du 8e siècle ; d’autres, plus modernes, parlent de maternité, de mariages forcés et des vieux démons du village. Dee Dee est là avec ses tics, son exubérance, mais aussi sa superbe, sa générosité, sa foi dans cette aventure tellement créative.

Terres fertiles

Randa: I Belong. Luna/Select.

Libanaise de naissance, québécoise d’adoption, Randa Ghossoub est un cas particulier. D’abord, parce qu’elle a du goût et qu’elle a elle-même produit — envers et contre tout — ses deux albums, dont personne ne voulait. Ensuite (c’est un détail), Randa est atteinte de thalassémie, une maladie du sang trop fréquente dans le bassin méditerranéen. Il lui faut donc des transfusions mensuelles pour tenir le coup. Et puis, il lui faut chanter. C’est vital. Comme le sang. Avec sa voix cajoleuse et parfois légèrement voilée, elle caresse des airs connus, en français et en anglais. Mais le meilleur dans ce disque un brin mélancolique, ce sont les superbes chansons jazzy en arabe, comme « Asma’ani lahnan » (un tango) et « Bint el chalabiah » (un traditionnel chaabi), et les adaptations qu’elle fait de standards plus connus, tels que « Caravan » et « Night in Tunisia ». Enregistré l’été dernier à Amsterdam avec des musiciens européens sobres et distingués, I Belong a de la légèreté, de la sophistication, mais pas une once de misérabilisme. Même si la chanson-titre évoque comment l’auteure s’est fait refuser l’accès à un vol en direction des États-Unis à cause du nom qu’elle porte et de la ville où elle a vu le jour…

Six degrés d’implication

Artistes variés: Backspin : A Six Degrees 10 Year Anniversary Project. Six Degrees/Outside.

Je ne parle pas souvent de compilations dans cette chronique. Mais celle-ci n’a rien d’un ramassis de pièces éparses et datées. Sans être non plus thématique ou chiante, elle résulte d’une simple commande passée par le baroudeur Bob Duskis aux différents artistes de sa fière étiquette, Six Degrees, question d’en célébrer les 10 ans de survivance et de réussite. Douze artistes refont donc ici à leur façon une chanson coup de cœur, de manière percutante. Et ça va des Beatles à Bob Marley en passant par The Police, Hendrix, Pink Floyd et des thèmes de films revisités. Le tout fidèle à la réputation de liberté et d’expérimentation qui a permis à des formations aussi bigarrées et différentes qu’Ojos de Brujo, dZihan & Kamien et Bombay Dub Orchestra d’émanciper et de moderniser les musiques du monde, dans un contexte ouvert sur les nouvelles tendances, l’abolition de toute frontière et l’émergence de l’électronique. L’incontournable branché de cet été.

 

Dans la même catégorie
Boutique Voir & L'actualité

Obtenez jusqu’à 40% de plus pour votre prochaine sortie