Les Feluettes : de pièce culte à opéra

La pièce qui a consacré le dramaturge québécois Michel Marc Bouchard fait son entrée à l’opéra.

Michel-Marc Bouchard, l'auteur des Feluettes, la pièce qui l'a fait connaître aux quatre coins du monde il y a trente ans. (Photo: Julia Marois pour L'actualité)
Michel-Marc Bouchard, l’auteur des Feluettes, la pièce qui l’a fait connaître aux quatre coins du monde il y a trente ans. (Photo: Julia Marois pour L’actualité)

Au théâtre, la thématique gaie fait moins de vagues aujourd’hui qu’il y a 30 ans, alors qu’était créée Les Feluettes, la pièce qui a fait connaître Michel Marc Bouchard aux quatre coins du monde. Mais qu’en est-il de l’opéra? Comment y seront reçus les trémolos de deux hommes chantant leur amour impossible? Entretien avec l’auteur à la veille de la première mondiale des Feluettes à l’Opéra de Montréal.

Votre pièce raconte l’amour tragique de deux garçons, Simon et Vallier, et le rôle qu’a joué dans la mort de l’un d’eux l’évêque Jean Bilodeau. Quelle portée aura la thématique homosexuelle des Feluettes dans sa forme opératique?

Je crois qu’il reste un plafond de verre, à l’opéra, qui est un monde de conventions. Je ne veux pas dire que les amateurs d’opéra sont des conservateurs finis, je ne m’attends pas à un scandale, mais on parle quand même de deux hommes qui chantent leur amour l’un pour l’autre, avec toute l’emphase que le genre suppose. Soulignons que l’histoire ne comporte que des hommes, puisqu’elle se passe en prison… Comment vont réagir les puristes ? Est-ce que les gens sont tout à fait prêts à ça? On verra bien!


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feluette encadreOn est loin, en tout cas, de la première mouture de la pièce et de son caractère très intime…

Pour une œuvre créée dans la petite salle Fred-Barry, l’opéra a en effet quelque chose de surdimensionné. Il est fascinant de voir que de cette intimité, de l’histoire qu’on chuchotait dans les années 1980, on peut passer à une proposition à grand déploiement. Avec les dangers qui viennent avec. On le sait, l’opéra peut, à cause de sa grandiloquence, sombrer dans le ridicule. Mais le jeu en vaut la chandelle. Je suis déjà convaincu que certains passages, en faisant vibrer très fort les sentiments, vont émouvoir le public.

Êtes-vous un grand amateur d’opéra?

Au moment de plonger dans cette aventure, il y a quatre ou cinq ans, j’aurais répondu: plus ou moins. Je connaissais mes classiques, Norma, de Bellini, Carmen, de Bizet, les opéras de Rossini et quelques autres Italiens… Aujourd’hui, sans me considérer comme un spécialiste, disons que j’ai développé mes connaissances. Je me considère un peu moins comme un imposteur — un peu! — devant cet uni­vers très codifié où on se sent facilement analphabète.


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Musicalement, il faut s’atten­dre à quoi?

C’est une véritable création, la musique comporte des dissonances contemporaines, mais pas seulement. J’ai souvent rappelé au compositeur Kevin March et à l’équipe le titre complet de la pièce originale: Les Feluettes ou La répétition d’un drame romantique. Il s’agit d’abord d’une histoire d’amour, avec ses élans lyriques, qu’il fallait respecter. Il y a des moments où on va du côté du lyrisme de type «opéra français», d’ailleurs, à la Debussy. Il y a également des accents ragtime, et même un peu de folklore québécois!

Et la langue québécoise, elle, vous l’avez maintenue?

Il y a eu un deuil à faire. Les personnages ne parlent pas à la française, nous avons établi un niveau de langue crédible, mais certains éléments du parler québécois présents dans la pièce ne passaient tout simplement pas, ils créaient un effet d’étrangeté gênant. «Toé pis moé», à l’opéra, ça coince un peu!

(Les 21, 24, 26 et 28 mai à la salle Wilfrid-Pelletier)

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