Les frondeurs de l’info

« Meilleurs amis depuis 18 ans » — en réalité, depuis un devoir oral d’anglais en 1re secondaire —, Sébastien Trudel, grand comme un lampadaire, et Marc-Antoine Audette, dodu comme un baba, forment Les Justiciers masqués.

Les Justiciers masqués : les frondeurs de l'info
Photo : Jocelyn Michel

Déjà, à 13 ans, ils animaient de faux bulletins d’informations ; à 14 ans, ils écrivaient des textes pour Safarir. L’humour cinglant, c’est leur affaire. Pendant une décennie, à la radio, ils ont piégé, pour ne pas dire ridiculisé, par téléphone, des personnalités telles que Nicolas Sarkozy, Bill Gates, Tiger Woods, Britney Spears. Les voici à la télé avec Le canal masqué, parodie des chaînes d’information continue. Une bonne nouvelle ? Peut-être pas pour les politiques.

Après avoir piégé Sarah Palin dans un canular qui a fait le tour du monde et vous a fait accorder quel­que 600 entrevues en cinq jours, vous vous retrouvez à Télé-Québec. Déçus ?

M.-A. – Un diffuseur qui vous laisse carte blanche – du moins au moment où on se parle -, c’est très rare. On nous a dit : « Vous voulez faire de l’humour politique, maltraiter l’actualité ? Laissez-vous aller ! »

D’où vous vient cet intérêt pour la chose politique ?

S. – Je voulais être journaliste.

M.-A. – Et moi, politicien. Alors, on se venge !

Humilier ses semblables est-il l’une des grandes joies de la vie ?

M.-A. – Ses semblables, non, mais les puissants, arrogants et inatteignables, oui !

Qu’est-ce que Le canal masqué ?

S. – C’est un mélange de fiction et d’information. Nous sommes les chefs d’antenne d’un journal télévisé, apprêté à notre manière insolente et décalée, mais scannant les vrais sujets de l’actualité de la semaine. On nous suivra également hors des ondes, par exemple avec notre patron, Richard Z. Sirois, qui préconise la convergence et veut nous imposer du placement de produits, etc. Car on travaille pour un réseau appelé « L’Empire » – suivez mon regard !

Vous n’allez étriller que les politiques ?

M.-A. – Il y aurait déjà là de quoi faire, avec le nombre de scandales qu’ils fournissent. Mais on va aussi se moquer des artistes qui disent des niaiseries.

S. – Et des sportifs. Juste avec le Canadien, il y a beaucoup de matière. Si tu poses une mauvaise question, par exemple sur le nombre de joueurs francophones dans l’équipe, tu te fais exclure du Centre Bell. On va dénoncer la gestapo sportive.

Quel est votre objectif ?

S. – Faire rire et secouer, produire un effet.

M.-A. – On ne veut pas choquer pour choquer. Le but n’est pas de baisser ses culottes et de dire des gros mots, mais de démasquer les gens malhonnêtes, de décoder les mauvaises inten­tions. On trouve des deux au gouvernement.

S. – La scène municipale ne sera pas à l’abri non plus.

Vous vous conformerez tout de même à une éthique ?

M.-A. – Éthique ? Ce n’est pas un mot qui fait partie de notre vocabulaire.

S. – Mais il y a des avocats qui veillent au contenu, si c’est ce que vous voulez savoir.

M.-A. – Il n’y a pas trop d’humo­ristes au Québec, il y a trop d’avocats. Ce qui pourrait expliquer l’aseptisation des ondes.

Vous ne vous ferez pas d’amis avec cette émission…

S. – On n’en a déjà plus…

M.-A. – Et si on se fait cas­ser les jambes, on saura que c’est le Parti libéral qui est responsable.

Et si M. Charest, à l’instar de Sarkozy pour des humoristes français, demandait votre retrait des ondes ?

M.-A. – Ça serait génial !

S. – Vous imaginez le coup de pub !

 

Le canal masqué, 26 épisodes, à Télé-Québec à partir du 10 sept.