Les Nostradamus du palmarès

Dénicher la prochaine vedette et tenter de prédire la chanson qui trônera un jour au sommet des palmarès sont des activités aussi vieilles que l’industrie de la musique. La technologie pourrait-elle améliorer ce processus et deviner à l’avance les goûts du public ?

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Photo : Getty Images

Dénicher la prochaine vedette et tenter de prédire la chanson qui trônera un jour au sommet des palmarès sont des activités aussi vieilles que l’industrie de la musique.

CultureDe Brian Epstein, qui découvre les Beatles au fond d’une boîte de nuit de Liverpool, à Scooter Braun, qui entend pour la première fois Justin Bieber sur YouTube, ce sont traditionnellement des oreilles humaines qui font le travail.

La méthode a ses bons et ses mauvais côtés. Les directeurs musicaux des radios sont souvent bien frileux et peuvent attendre des mois avant de faire tourner «Hawaïenne», des Trois Accords, ou «Dégénérations», de Mes Aïeux.

La technologie pourrait-elle améliorer ce processus et deviner à l’avance les goûts du public ?

En 2011, des chercheurs britanniques avaient fait grand bruit avec une formule mathématique capable, disaient-ils, d’évaluer les chances d’une chanson de devenir un succès. Une société de Montréal, Hitlab, offre d’ailleurs toujours un service similaire. Ses appareils analysent la durée, le rythme, l’harmonie, la complexité et la mélodie d’une chanson et comparent le tout avec les pièces qui se sont classées au palmarès dans le passé. Plus un morceau est conforme aux standards, plus ses chances de devenir un succès sont bonnes. Ce qui est un peu déprimant, disons-le.

Et si, plutôt que des machines, nous pouvions interroger le public lui-même ?

L’application Shazam permet de connaître le titre et l’interprète d’une chanson qu’on fait entendre à son téléphone intelligent. Quelle est cette pièce qui joue au café ? Shazam a la réponse… 16 millions de fois par jour.

Avec ses 420 millions d’utilisateurs dans 200 pays, l’application dispose donc d’une base de données tout à fait unique, qui mesure l’intérêt du public pour des musiques qu’il ne connaît pas encore.

Grâce à ses données, Shazam prétend pouvoir dire 33 jours à l’avance ce qui se retrouvera au sommet du palmarès. Elle peut aussi détecter des tendances plus générales, comme la montée d’un genre.

À l’inverse, elle peut attirer l’attention sur une tendance très précise, dans une ville en particulier.

La multinationale Warner croit tellement au pouvoir des données de Shazam qu’elle vient de s’associer à elle pour créer un label. Ce dernier compte mettre sous contrat des artistes à fort potentiel, repérés grâce à l’application.

Souhaitons-nous que les utilisateurs de Shazam aient du goût.

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À propos de Mathieu Charlebois

Ex-journaliste Web à L’actualité, Mathieu Charlebois blogue maintenant sur la politique avec un regard humoristique. Il est aussi chroniqueur musique pour le magazine L’actualité depuis 2011 et co-rédacteur en chef du webmagazine culturel Ma mère était hipster, en plus d’avoir participé à de nombreux projets radio, dont Bande à part (à Radio-Canada) et Dans le champ lexical (à CIBL). On peut le suivre sur Twitter : @OursMathieu.

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Et c’est comme cela que l’on se retrouve avec de la musique standardisé, toute pareille, sans imagination, répétitive, tel que l’on entend continuellement. Désespoir!

Pour que l’application trace une chanson, elle doit déjà être joué quelque part. Ce qui peut-être utile pour déterminer quelle est susceptible d’avoir plus de succès, mais pas pour faire de découverte…