Les paroles sont d’argent

Le «piratage» de paroles est le grand oublié de la lutte pour le respect du droit d’auteur dans l’univers numérique, explique Mathieu Charlebois.

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Illustration : Pishier

« Y a pas grand-chose dans le ciel à soir / Y a pas grand-chose, y a rien à »… À savoir ? À croire ? Devant un tel trou de mémoire, quelques clics suffisent à trouver la réponse, sur l’un des nombreux sites consacrés à recenser les paroles de chansons. Grâce aux publicités qui encadrent les textes, le site visité fera peut-être quelques sous. Si c’est le cas, il y a de très fortes chances que le parolier, lui, ne reçoive rien.
Culture

Sur Google, chaque jour, le mot « lyrics » est cherché cinq millions de fois. Selon la National Music Publishers Association (NMPA), un organisme américain, plus de la moitié des résultats de ces recherches pointent vers des sites qui utilisent les œuvres de façon illicite, sans payer les ayants droit.

Parmi eux, il y a des blogues et de petites créations d’admirateurs, mais aussi de vraies entreprises rentables. Rap Genius, un site où les usagers retranscrivent des couplets de rap et les dissèquent, a même récemment attiré un investissement de 15 millions de dollars.

Le « piratage » de paroles est le grand oublié de la lutte pour le respect du droit d’auteur dans l’univers numérique. Peu de gens sont même conscients que reproduire sans autorisation le texte d’une chanson sur un site est un acte illégal.

Aux États-Unis, la lutte est entamée. En novembre dernier, la NMPA a intenté des poursuites pour faire retirer le contenu illicite de 50 des plus gros sites spécialisés en paroles, dont Rap Genius.

Au Québec aussi, l’effort s’organise. Plutôt que de partir en guerre contre les sites illégaux, l’Association des professionnels de l’édition musicale a décidé de leur offrir une solution de rechange avec Évangeline, une ressource légale et officielle de paroles de chansons.

Évangeline est une base de données dans laquelle les paroliers québécois peuvent déposer leurs œuvres, peu importe le style ou la langue. En tant que simples internautes, nous ne pouvons pas y fouiller. La base de données est plutôt mise à la disposition d’exploitants commerciaux qui veulent se servir des œuvres en toute légalité : sites de paroles, bien sûr, mais plus encore, comme des applications mobiles, des boutiques de musique en ligne ou des sites de stations de radio. Ils remettent une partie des profits engendrés à Évangeline, qui redistribue l’argent aux auteurs dont la création a été utilisée.

Fini, donc, le parolier dont on exploite le travail sans contrepartie. Fini, surtout, les transcriptions approximatives qui pullulent sur le Web. Parce que non, ce n’est pas « Y a pas grand-chose, y a rien à boire ».

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À propos de Mathieu Charlebois

Ex-journaliste Web à L’actualité, Mathieu Charlebois blogue maintenant sur la politique avec un regard humoristique. Il est aussi chroniqueur musique pour le magazine L’actualité depuis 2011 et co-rédacteur en chef du webmagazine culturel Ma mère était hipster, en plus d’avoir participé à de nombreux projets radio, dont Bande à part (à Radio-Canada) et Dans le champ lexical (à CIBL). On peut le suivre sur Twitter : @OursMathieu.

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