Les rêves américains de Thomas Hellman

Thomas Hellman lance Rêves américains : De la ruée vers l’or à la Grande Crise, un disque ayant pour thème la conquête de l’Ouest.

Photo : Rachel Côté pour L'actualité)
Thomas Hellman (Photo : Rachel Côté pour L’actualité)

Alors que l’industrie musicale carbure plus que jamais à l’éphémère et à la nouveauté, lui revisite l’Amérique d’hier et ses folk singers oubliés. Le 18 septembre, il procédera au lancement de Rêves américains : De la ruée vers l’or à la Grande Crise, un disque ayant pour thème la conquête de l’Ouest, qui sera suivi d’une série de spectacles dans le cadre du Festival international de la littérature (FIL), à Montréal. Thomas Hellman, né d’une mère française et d’un père texan, homme de lettres et de folk, y explore une notion qui lui est chère : les périodes de crise sont aussi de fabuleux incubateurs.

Que trouve-t-on exactement sur ce disque ?

De vieilles chansons folks du XIXe et du début du XXe siècle. J’en ai interprété quelques-unes en anglais, j’en ai adapté d’autres en français, et puis j’ai fait quelques versions bilingues. Il y a aussi mes propres textes, et puis des textes littéraires de l’époque que j’ai mis en musique, par exemple un extrait de Walden ou La vie dans les bois, de Henry David Thoreau.

À l’origine de cet album, il y a vos chroniques radio à l’émission La tête ailleurs (ICI Radio-Canada Première), n’est-ce pas ?

Oui. Je devais en faire 5 ; finalement, j’en ai fait plus de 30 en deux ans et demi. J’ai accumulé beaucoup d’information, découvert des chansons magnifiques que plus personne ne chante, des personnages fascinants oubliés par l’histoire, comme Leon Ray Livingston, mieux connu sous le nom de « A-No. 1 ». On dit qu’il était l’empereur des hobos, ces vagabonds qui communiquaient entre eux par des symboles dessinés à la craie ou au charbon. Il a sillonné l’Amérique pendant des décennies. Quand il arrivait dans une nouvelle ville, il troquait ses vêtements de hobo contre un costume-cravate et vendait des livres dans lesquels il racontait ses aventures. Il n’a jamais cessé d’errer, même quand il est devenu riche et célèbre.

Quelle lecture faites-vous de la Grande Crise ?

La crise est, en quelque sorte, une conséquence de la ruée vers l’or et de la conquête de l’Ouest : un dur réveil après une période d’euphorie, d’ambition, d’espoir, de démesure. La crise est économique, sociale, mais elle est aussi intérieure : une fois l’Ouest conquis, il ne reste plus d’horizon sauvage et libre. Le rêve laisse la place au poids du réel ; la Bourse s’écroule, et puis arrivent la sécheresse, les tempêtes de sable… Mais la crise, c’est aussi une période intense de remise en question, de créativité, de changements. J’explore le potentiel de l’art — de la musique folk, surtout — à injecter du sens dans le chaos.

Notre époque a été marquée, elle aussi, par une grave crise économique, en 2008-2009. En quoi cette crise et celle de 1929 sont-elles parentes ?

En gros, les deux crises arrivent après une période de trop grande gourmandise, d’avarice, de spéculation, d’aveuglement. Elles commencent dans le monde de la finance, cet univers mystérieux, opaque, des tours de Wall Street, mais elles ont une con­séquence directe sur la vie de millions de gens, qui ont l’impres­sion d’être dépossédés, de ne plus être maîtres de leurs destins. Tout à coup, dans cette Amérique où l’individu est roi, celui-ci se rend compte qu’il est lié, pour le meilleur et pour le pire, aux autres. La liberté est un concept très relatif.

Votre conception de l’américanité a-t-elle changé au cours de vos recherches ?

J’ai vu à quel point la grande histoire est faite de petites histoires. Je crois que c’est surtout vrai pour l’histoire américaine. Nous avons tous nos légendes familiales, liées à la grande histoire du continent. C’est pourquoi il y a autant d’Amé­riques qu’il y a d’Américains. J’intègre d’ailleurs certaines his­toires de ma propre mythologie familiale au specta­cle. La musi­que folk est un moyen privilégié pour accéder à ces petites histoires issues du peuple. En apparence, c’est une musique très sim­ple, des paroles épurées, mais par cette simplicité, elle exprime des expériences humaines complexes et profondes.

Ceux qui assisteront à votre spectacle doivent-ils s’attendre à une sorte de cours d’histoire ?

Non, pas du tout. En fait, une grande partie de mon travail a été d’enlever tout ce qui semblait trop didactique pour mettre de l’avant la musique, les chansons, les textes littéraires. Ce qui m’inté­resse, c’est de transmettre l’émotion, l’impalpable, le mystère, plus que l’information elle-même. Et puis, je joue avec de très bons musiciens, Olaf Gundel et Sage Reynolds, qui sont aussi de très bons amis. On s’éclate sur scène !

(Les 23, 25 et 26 septembre et du 29 septembre au 3 octobre au Petit Outremont)

Laisser un commentaire