Les sœurs Schmutt : quand l’une chorégraphie, l’autre danse, et vice-versa

Le binôme présente Petites pièces de poche : grandeur nature, une chorégraphie de Séverine Lombardo, à l’Usine C, à Montréal, du 7 au 17 mars, 514 521-4493.

À la demande du photographe, elles sautent sur le canapé, s’emmêlent les cheveux, s’enroulent comme des chats. Des gamines de 35 ans. Montréalaises d’adoption depuis 1999, les jumelles françaises Séverine et Élodie Lombardo sont le yin et le yang, le sable et la mer de la compagnie de danse-théâtre Les sœurs Schmutt, fondée en 2004. Quand l’une chorégraphie, l’autre danse, et vice versa. Ainsi, Séverine signe Petites pièces de poche : grandeur nature, qu’Élodie exécute avec trois autres interprètes et deux musiciens. « Un parcours déambulatoire pour interprètes et spectateurs plongés dans le noir. »

Photo : Jocelyn Michel

Vous pratiquez toutes deux une danse préconisant l’interdisciplinarité et le métis­sage. Mais qu’est-ce qui vous singularise ?

Élodie : Je ne travaille pas qu’avec des danseurs. Dans mes pièces, j’invite des poètes, des écrivains, des musiciens de tous âges dont la «physicalité» m’inspire. Je m’intéresse à la comédie humaine.

Séverine : Tandis qu’Élo introduit une thématique, par exemple la mort et le deuil dans Ganas de vivir (« Envie de vivre »), pour créer un vocabulaire, moi je pars d’un aspect technique — tel que l’éclairage — pour remonter vers une dramaturgie offrant plusieurs couches de lecture.

Quand vous cosignez des spectacles de rue ou une pièce comme Ressac Memories pour les étudiants du programme de baccalauréat en danse de l’UQAM, comment cela se passe-t-il ?

Séverine : On pense parfois qu’on a un seul cerveau pour deux ; l’une terminant la phrase commencée par l’autre, on finit par ne plus savoir de qui surgit telle ou telle idée. C’est comme les souvenirs : je suis sûre d’avoir vécu un événement auquel seule ma sœur assistait !

Creusez-vous la thématique de la gémellité dans vos spectacles ?

Séverine : Nous dansons rarement ensemble, sauf pour de petites performances ou des capsules in situ. Quand ça arrive, nos ressemblances rebondissent forcément et nous en jouons. Mais pour la première fois, nous venons de déposer aux organismes subventionnaires une proposition de spectacle qui fera de la gémellité notre principal sujet d’étude.

En danse contemporaine, il y a souvent plus de n’importe quoi que de mouvement. Qu’en pensez-vous ?

Élodie : C’est quoi, danser ? Faut-il absolument que ça bouge, que ça sue, que ça soit codifié ? Une jambe à hauteur d’épaule donne-t-elle plus d’émotion qu’un bras timidement levé ? Si le public cherche de l’acrobatie, qu’il aille au cirque ! On trouve de tout dans le paysage chorégraphique montréalais, chacun peut « magasiner ».

Que trouve-t-on dans Petites pièces de poche : grandeur nature ?

Séverine : Il s’agit du deuxième volet d’un diptyque sur le corps et la lumière, d’une réflexion sur la notion de l’espace et le rapport au public : le spectateur, placé dans l’aire de jeu, répond à des consignes lumineuses qui l’invitent à se déplacer pour changer de point de vue. Dans le premier volet, toutes les sources d’éclairage, dont de grosses lampes industrielles, étaient manipulées par les danseurs. Cette fois, je les libère de cette contrainte, je fais de l’humain l’enjeu central. Et j’intègre la vidéo.

Est-il vrai qu’il vous est arrivé de danser aux terrasses de la rue Prince-Arthur pour pouvoir remplir votre frigo ?

Séverine : Oui, et ça peut se reproduire. Le mois prochain, je ne sais pas avec quoi je vais payer mon loyer, et pourtant je présente un spectacle à l’Usine C…

Élodie : Paradoxalement, la compagnie va bien, elle reçoit des sub­ventions qui lui donnent les moyens de payer ceux qu’elle engage, mais pas celles qui la tien­nent à bout de bras. Nous sommes rémunérées quand nous dansons, pas quand nous pensons…

Petites pièces de poche : grandeur nature, Usine C, à Montréal, du 7 au 17 mars, 514 521-4493.


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