Les suggestions de lecture de Jacques Goldstyn 

Le sympathique auteur et illustrateur nous propose des classiques qui vont à l’essentiel. 

Photo : D.R. ; Montage : L'actualité

Cet auteur et illustrateur, bien connu des jeunes lecteurs des magazines Les explorateurs et Les débrouillards, anime ses histoires de traits de crayon à la fois sympathiques et touchants. Lauréat des Prix littéraires du gouverneur général (catégorie Littérature jeunesse — livres illustrés) en 2017 pour Azadah, il publie ce mois-ci Le tricot (La Pastèque), l’histoire d’une grand-mère tricoteuse. Il nous présente les livres qui l’ont marqué en y ajoutant des croquis de son cru.

Uiesh — Quelque part, de Joséphine Bacon

Des poèmes venus d’une autre planète écrits presque en style télégraphique. On y parle de l’immensité du ciel, des montagnes, des rivières, et aussi des petits tracas comme les jambes arquées à cause des lourds portages. Cette œuvre me fait penser à un mot allemand, « Waldeinsamkeit », qu’on peut traduire par « le sentiment d’être bien tout seul dans la forêt ». (Mémoire d’encrier, 2018, 126 p.)


La trilogie Adagio, Allegro, Andante : contes, fables et poèmes, de Félix Leclerc

Des écrits inspirés des souvenirs d’enfance de Félix Leclerc en Haute-Mauricie. On y revisite le Québec profond des années 1920 et 1930. Une nature majestueuse et bafouée par l’exploitation sans vergogne des ressources. Des sans-dents humiliés et assommés, qu’ils soient humains ou animaux. Et, malgré tout, le partage, l’amour, la fraternité et la rage de vivre. Les choses ont-elles changé depuis 100 ans ? (Fides, [1944-1945] 2012, 2014, 216 p., 216 p., 166 p.)


La vie devant soi, d’Émile Ajar (Romain Gary)

Une histoire racontée par Momo, un garçon de 10 ans qui, en fait, en a 14. L’histoire crue, violente, sans fard d’une vieille femme juive écorchée par la vie qui couve comme une mère ce petit Mohamed. Un hymne à l’amour sans concession, sans confession. (Folio, 2020 [1975], 288 p.)


Marcellin Caillou, de Jean-Jacques Sempé

Un joli conte du dessinateur du Petit Nicolas. Marcellin rougit pour un oui ou pour un non, sans même s’en rendre compte. Ce handicap le tourmente sans bon sens. Un dessin épuré avec une économie de couleur (juste un peu de rouge par-ci par-là). Je l’ai lu 154 fois. Sûrement un de mes livres préférés. (Folio, [1969] 2001, 144 p.)


Une minute quarante-neuf secondes, de Riss

J’écris et je dessine pour les enfants, mais je commets à l’occasion des caricatures (je préfère le terme « dessin de presse ») sous le pseudonyme de Boris. Riss, rédacteur en chef à Charlie Hebdo, relate avec une plume magnifique sa vie de dessinateur ainsi que celle de ses compagnons jusqu’au carnage de janvier 2015. Ce n’est pas un récit triste, mais un hommage à ses camarades assassinés et un pied de nez à l’intolérance et à la barbarie. (Actes Sud, 2019, 320 p.)


Les fables, de Jean de La Fontaine

Une fourmi, un renard, un corbeau et un fromage. Deux ou trois fables qu’on ânonnait à l’école et qui, hélas, étaient réduites à un bêtisier de bêtes. J’ai redécouvert La Fontaine avec mon père. Aujourd’hui, à 89 ans, il continue à réciter de nouvelles fables chaque jour. Il se réveille souvent la nuit, en quête d’une rime ou d’un mot compliqué. Il est comme un enfant ouvrant un coffre au trésor rempli de perles et de costumes bariolés qui nous entraînent tantôt à la cour de Louis XIV, tantôt dans l’échoppe d’un savetier. On y côtoie des dieux immondes et des rats magnifiques. On y apprend l’histoire, la géographie, la philosophie et la zoologie davantage que dans bien des livres savants. (1668)


Si c’est un homme, de Primo Levi

S’il n’y avait qu’un ouvrage à lire sur l’univers des camps de concentration nazis, ce serait celui-là. Primo Levi était chimiste. Il a décrit son expérience du lager avec une analyse, un recul quasi-scientifiques. La banalité du mal de Hannah Arendt dans un erlenmeyer. Et pourtant, dans son récit, la lueur de l’espoir en l’humanité ne s’éteint jamais. Comme les étoiles dans la nuit la plus noire. J’ai lu ce livre à plusieurs époques de ma vie et, à chaque lecture, j’y ai découvert de nouvelles étoiles. (Traduction de Martine Schruoffeneger, Pocket, [1947] 1988, 320 p.)

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