Les suggestions de lecture de Louise Dupré 

Figure incontournable de la poésie québécoise, Louise Dupré aime les œuvres fortes, qui vont droit au cœur.

Photo : Geneviève Bergeron ; Montage : L'actualité

Double lauréate des Prix littéraires du Gouverneur général, catégorie Poésie (en 2011 et 2017), la romancière et poète Louise Dupré ancre son œuvre dans le quotidien, mais aborde aussi des sujets forts comme le deuil, la souffrance et la survivance. En janvier dernier, elle publiait aux éditions Héliotrope le percutant roman Théo à jamais. Voici quelques lectures qui l’ont profondément marquée.

On se perd toujours par accident
par Leanne Betasamosake Simpson

J’ai savouré ce livre qui rassemble des récits, des contes, des poèmes et des textes hybrides. Dans une langue résolument contemporaine, Leanne Betasamosake Simpson aborde des questions brûlantes du mouvement de la résurgence autochtone au Canada avec un humour et une ironie qui rivalisent avec une sensibilité pleine de fougue. J’ai lu et relu ce recueil, dans lequel on ne peut qu’admirer la vision de l’écrivaine et le travail des traductrices, Natasha Kanapé Fontaine et Arianne Des Rochers. (Mémoire d’encrier, 2020, 152 p.)

Un regard qui te fracasse : propos sur le théâtre et la mise en scène
par Brigitte Haentjens

En cette période de pandémie où fréquenter le théâtre me manque, relire Un regard qui te fracasse, de Brigitte Haentjens, a été pour moi un bonheur. La metteuse en scène renommée revient sur son parcours et s’interroge sur son art avec grande intelligence et grande sensibilité. Adoptant un ton qui rappelle à certains moments la confidence, elle se livre avec sincérité, dans une écriture à la fois limpide et maîtrisée. Sa culture n’étouffe aucunement ses propos. On ferme le livre avec l’impression d’avoir passé un moment en tête à tête avec une amie.(Boréal, 2014, 224 p.)

Je t’écrirai encore demain
par Geneviève Amyot

Je suis une admiratrice de Geneviève Amyot et je reviens constamment à son livre Je t’écrirai encore demain, composé d’une suite de lettres adressées à un homme qui vient de mourir. Mais ce livre de deuil est d’abord un hymne à la vie. Malgré toutes les morts que nous devons affronter, la fécondité se renouvelle sans cesse et nous ramène à l’espoir. Sans renier l’amour pour nos disparus, le monde présent doit l’emporter sur l’absence. Voilà un livre qui nous apporte de la sérénité et de la joie. (Éditions du Noroît, 1995, 125 p.)

Kamouraska
par Anne Hébert

Je considère Kamouraska comme l’un des plus beaux romans de la littérature. Je l’ai conseillé et offert à plusieurs reprises. Une femme qui veille son mari agonisant se remémore le meurtre de son premier mari, commis par un homme qu’elle a passionnément aimé. Ce roman dur, au style puissant, construit selon le flux de la conscience, nous rappelle la situation des femmes du XIXe siècle, pour qui le mariage était synonyme de « prison ». Anne Hébert analyse avec une grande subtilité les sentiments de la protagoniste. (Points, 1997 [1970], 256 p.)

L’invention de la solitude
par Paul Auster

Ce livre m’a bouleversée. À la suite du décès de son père, Paul Auster revient sur son lien avec lui, raconte des souvenirs d’enfance, interroge ce qu’il sait de sa famille paternelle et ce qu’on lui a caché, tout en réfléchissant à sa relation avec son fils Daniel. Tenant à la fois du récit et de l’essai, ce livre de deuil nous propose des réflexions profondes sur l’absence, la mémoire, la famille, particulièrement sur les rapports entre père et fils. C’est un livre que j’aimerais avoir écrit. (Traduction de Christine Le Bœuf, Babel Actes Sud, 2017 [1988] 304 p.)

Cet article a été réalisé grâce au Conseil des arts du Canada.

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