Lettre à un adolescent suicidé

Zïlon

Le fils de l’illustrateur Éric Godin s’est enlevé la vie le 14 décembre 2009. Il avait 16 ans. Son père lui a écrit une lettre. Il la lit. Écoutez-la.

Peintre, illustrateur, dessinateur éditorial, Éric Godin aurait pu choisir le dessin pour dire l’indicible, mais ce sont les mots qui sont venus. Abondamment douloureux. Une lettre au fils en allé a surgi. Encouragé à la rendre publique par son ami Zïlon, qui l’illustre d’une cinquantaine d’encres – superbes –, Godin a accepté d’en faire la narration. C’est cru, impudique, essentiel.

Attrapé durant une semaine très éprouvante d’entrevues, Éric a bien voulu répondre à deux questions. Il prévient : « Mes réponses sont brèves, car je pourrais t’écrire des pages. »

Comment survivre au suicide de son fils ?

— La réponse est dans la question. On survit. Je serai un survivant pour le reste de ma vie. C’est un avenir, un futur sans mon fils que j’ai à apprivoiser. Un enfant qui s’en va avant ses parents, ce n’est pas dans l’ordre logique des choses. Ça donne le vertige et crée un vide immense. Il faut s’écouter si on veut continuer. Il faut se donner le temps de vivre son deuil. Il faut aller à l’encontre de ce que prône notre société – il faut prendre le temps.

Qu’est-ce que la mort de Vincent a changé en vous, de vous ?

— La mort d’un enfant nous fait faire une plongée en apnée en soi. On descend à des profondeurs que nous n’aurions jamais soupçonnées. On manque d’air. Ça brûle de l’intérieur. La douleur est intense et puisqu’il faut continuer à vivre, à avancer, au fil du deuil, on s’agrippe, on s’accroche et on essaie de donner un sens à tout cela. Pour soi et pour ceux qui restent. Mon fils m’apprend à marcher lentement…

Essai sonore et visuel, Lettre à Vincent –  une production de l’Office national du film du Canada, d’après une idée originale de Zïlon – est mis en ligne dans le cadre de la 21eSemaine de prévention du suicide.

Lettre à Vincent [extrait] :

Zïlon

Rien à ajouter. Sinon le silence.

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oui c dure d’accepter que qq prend cette décision sans consulter, sans l’approbation de son clan-sa famille.

Je recommence à peine à respirer, me sentant comme un futur parent ayant perdu son enfant. Vincent veillera sur plusieurs enfants lorsqu’il apparaîtra à la mémoire des parents qui auront écouté, lu, regardé cette oeuvre. Merci.