Liberté surveillée

À la galerie Artist Village, une série de tableaux de l’artiste Guo Wei représentent le visage de Mao à la manière du pop art : Mao qui sourit, Mao en colère, Mao qui pleure et Mao qui rit. Une façon de dire que le personnage — et, implicitement, son œuvre de dirigeant — n’a pas toujours été drôle… « Il y a cinq ans, nous n’aurions pas pu exposer ces tableaux. Les policiers seraient venus les saisir. Aujourd’hui, les autorités nous laissent tranquilles », se réjouit Sally Liu, directrice de cette galerie, la principale du village d’artistes Songzhuang, à une heure de Pékin.

Le climat s’adoucit en Chine. La censure se fait moins sentir, mais son ombre plane toujours. En avril 2006, au cours d’une rafle policière inattendue, plusieurs galeristes du quartier artistique Dashanzi, à Pékin, ont été forcés de décrocher des œuvres, notamment un tableau de l’artiste Gao Qiang représentant un Mao fatigué, vieilli, nageant dans un fleuve Yangzi couleur sang. Une œuvre dont les teintes et la forme rappelaient le drapeau chinois… Selon Lee Ambrozy, journaliste américaine spécialisée en arts visuels chinois, certains thèmes sont encore interdits. « On ne peut carrément pas évoquer ce qui s’est passé sur la place Tian’anmen en 1989 », dit la journaliste, qui vit à Pékin.

Bref, le climat est beaucoup plus libre qu’il y a 10 ou 15 ans. Mais on est encore loin de la liberté d’expression qui a cours en Occident, dit Sun Ning, de la galerie Platform China. Pour l’artiste Ai Weiwei, membre de l’équipe qui a dessiné le fameux stade en forme de nid d’oiseau des Jeux olympiques — il s’est depuis retiré du dossier pour protester contre la corruption et l’autocratie de son gouvernement —, les créateurs devraient voir leur liberté croître dans les prochaines années. « Le gouvernement a sur les bras tellement de problèmes plus graves que les arts. Je pense qu’il va perdre le contrôle », dit-il.