L’imposteur

Extrait du roman L’imposteur, par Damon Galgut, avec l’aimable autorisation des Éditions de l’Olivier.

Extrait du roman L’imposteur, par Damon Galgut, Éditions de l’Olivier

            Le voyage se terminait ; ils étaient presque arrivés à destination. Il y avait un croisement et rien à l’horizon hormis un arbre, un champ de moutons et les ondulations de la chaleur au-dessus du bitume. Adam était censé s’arrêter, ce qu’il ne fit pas, ou pas complètement. La voie était libre, le danger inexistant, il ne mettait personne en péril.

            Lorsque le policier sortit de derrière l’arbre, ce fut comme s’il s’était matérialisé d’un coup. Il était net, vertical et péremptoire dans son uniforme, à la manière d’un point d’exclamation. Debout au milieu de la route, il levait la main et Adam se rangea sur le bas-côté. Ils se regardèrent par la fenêtre ouverte.

            – Voyons, c’est une plaisanterie, dit Adam.

            Le policier était jeune, et il portait des lunettes noires. Au milieu de cette poussière et cette chaleur, il semblait incroyablement calme et détendu.

            – Il y a un stop, dit-il à Adam. Vous ne vous êtes pas arrêté. Ça fera mille rands d’amende.

            – Dites, c’est cher.

            Il sourit et haussa les épaules.

            – Votre permis de conduire, s’il vous plaît.

            – Vous ne pouvez pas fermer les yeux ? Vous contenter d’un avertissement, ou quelque chose comme ça ?

            Il chercha le regard de l’homme, ne rencontra que du verre fumé.

            – Vous devez obéir au code de la route, monsieur. Vous me demandez de ne pas appliquer la loi ?

            – Euh, mettons que vous pourriez peut-être faire une exception.

            L’homme sourit à nouveau.

            – Vous risquez de vous attirer des ennuis, monsieur.

            Après un silence, il ajouta :

            – Il faudrait que cela en vaille la peine.

            – Pardon ?

            – Si vous voulez que je contourne la loi, vous devez faire un effort de votre côté.

            Adam crut avoir mal entendu, tant cela avait été énoncé sur le ton de la conversation la plus banale. Or c’était exactement ce qui avait été dit. Il était abasourdi. Il avait entendu parler de ce genre de chose, sans jamais y avoir été confronté. Assis bien droit derrière le volant, il essayait d’analyser la situation, sa perception du temps était figée dans l’aplomb de la lumière blanche, tandis que l’homme tournait autour de la voiture, l’air grave, et examinait les phares, les pneus, la plaque d’immatriculation.

            – Et je vois que votre vignette est périmée, reprit le policier lorsqu’il revint près de la fenêtre. Ça va vous coûter mille rands de plus. Alors, qu’est-ce que vous en pensez ? Disons… deux cents et on n’en parle plus.

Adam était soudain outré.

            – Non, dit-il.

            – Non ?

            – Pas question. Vous n’aurez pas un centime.

            L’homme haussa une nouvelle fois les épaules. Le sourire persistant vacillait légèrement autour de sa petite bouche charnue.

            – Votre permis de conduire, s’il vous plaît, dit-il.

 

À suivre…

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