L’instinct et la naïveté de Marc Séguin

Artiste peintre de renommée mondiale, Marc Séguin est aussi en voie de devenir un auteur à part entière. Un peu grâce à son cinquième roman, Jenny Sauro.

Photo : Jérôme Guibord / Shoot Studio

Il est d’abord un artiste peintre de réputation internationale, dont les toiles sont accrochées notamment au Musée des beaux-arts de Montréal et au Musée national des beaux-arts du Québec. Puisqu’il a également réalisé un film (Stealing Alice) et un documentaire (La ferme et son État), il se définit aussi comme un cinéaste. Et alors qu’il vient de publier son cinquième roman, pas de doute : il est de plus un auteur à part entière. Dans Jenny Sauro (Leméac), il raconte comment la disparition d’une jeune mère, serveuse dans l’unique restaurant de sa ville, résonnera parmi tous ceux qui l’ont connue.

Où et quand écrivez-vous ? 

En volant et en forçant le temps ; dans des maisons, des ateliers, en déplacement… Aucune discipline hormis celle, insoumise, d’avoir à dire et à raconter une histoire. Puis un jour vient une date de tombée que j’invente et les choses s’accélèrent.

Comment décririez-vous votre démarche artistique ?

Une part d’instinct et une autre de naïveté. Et beaucoup de travail. Les mots n’apparaissent que si on les écrit. La magie n’existe pas, c’est une grande déception !

Quelle place le lecteur prend-il dans votre processus créatif ? 

Il n’est pas là au début. Et peu à peu, il devient présent. Parce que le lecteur a beaucoup à voir avec la forme de l’histoire et la manière de la raconter. On ne doit pas l’ignorer, sinon on le perd ; il ne vit pas dans ma petite tête.

Quels points communs y a-t-il entre l’œuvre de Marc Séguin, le peintre et celle de Marc Séguin, le romancier ?

Je ne sais pas. Sincèrement. Peut-être (encore une fois) l’instinct et la naïveté ? Évidemment, c’est la même personne au service d’un art et d’un autre. Certaines préoccupations se recoupent. Si la peinture est plus sauvage et sensuelle, l’écriture compense par ses codes d’intimité et ses cadres de langage. C’est souvent dans cet écart que l’une et l’autre se répondent. Dans les deux cas, certaines personnes voient plus clairement que moi les points communs et les différences dans mes livres et mes tableaux.

Écrire un cinquième roman, est-ce plus facile qu’en écrire un premier ?

C’est le contraire. Parce que plus on se révèle, plus on doit creuser d’autres tunnels ; aller plus profondément dans ses sous-sols et voir s’il reste encore des choses. Je sais par ailleurs que les premières œuvres sont calquées sur les sentiments de surface, plus immédiats. Que reste-t-il de soi quand on a fini de dire « je » ?

Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu ? Et le pire ?  

Le pire a été de me faire dire que tout était possible. La vie est une affaire de soumission où l’on a davantage à apprendre de la résilience que des idéologies. Le meilleur a été : « N’écoute aucun conseil. »

Comment s’est passée la création de votre dernier livre, Jenny Sauro ?

Comme d’habitude : je l’ai écrit en faisant mille autres choses, sans savoir où ça mènerait. D’abord, une ligne d’horizon, avec des larmes et des euphories. Et un jour, une éditrice qui lit et voit ce qui existe. Quelques centaines de pages — et trois années — plus tard, une fraction de seconde s’est transformée en histoire selon ce qu’on est devenu et ce qu’on a été.

Qu’aimeriez-vous que les lecteurs en retiennent ?

Qu’on retient tous une partie de soi. Qu’il y a plusieurs « soi ». Dans ce roman, il y a l’histoire de la vie simple d’une jeune femme qui a fait des choix et qui trouve son compte dans les petites choses. Entre rêves et désillusions. Mais voilà que justement, dans sa mort, on découvre que ce qui a vécu n’a jamais vraiment disparu… La suite et la fin ne sont jamais celles que l’on pense.

Quel effet a la crise actuelle sur votre créativité ?

Les idées et projets ébauchés avant la crise suivent leur cours. En ce qui concerne la suite des choses, au-delà du « sens » qu’on souhaite donner aux arts pour se définir, il m’apparaît trop tôt pour y voir un effet. J’ai ce souvenir très vif de l’élection d’Obama et de la mort de Michael Jackson ; tous les arts en traitaient. Et rien n’a survécu jusqu’ici.

Qu’est-ce qui vous procure du réconfort en ce moment ?

Ce qui me réjouit plus que tout, c’est de jongler avec l’avenir, d’en échapper par terre et d’en faire des objets qu’on appelle de l’art. Ça aide à passer le temps !

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S’il y a quelqu’un qui suscite mon envie, c’est bien Marc Séguin! Non mais, vraiment, tant de talent dans une seule personne, c’est injuste!