Livre coup de cœur: Amanita virosa d’Alexandre Soublière

Dans Amanita virosa, Alexandre Soublière s’efforce de donner à la génération Y une conscience — et même une âme.

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Catherine Lepage pour L’actualité

Son premier roman, Charlotte Before Christ, avait donné une voix à la génération Y. Son second, Amanita virosa, s’efforce de lui donner une conscience — et même une âme. « Autant je trouve difficile de croire en quelque chose, autant je trouve ça lourd, une vie qui manque de sens », dit Alexandre Soublière, 30 ans, au sujet du matérialisme ambiant. « Les gens ne sont pas prêts à ce vide-là. »

Cette ambivalence, il a réussi à l’incarner dans Wynn, un être pétri de doutes et de contradictions — et l’un des personnages les plus complexes du roman québécois contemporain. Cyni­que, désabusé, Wynn est cofondateur du projet Hyæna, qui installe des caméras et des logiciels-espions pour satisfaire le voyeurisme de ses clients. « Je trouve intéressant d’explorer la révolution numérique alors qu’on ne sait pas où ça s’en va », commente l’auteur, qui s’est exilé temporairement à Vancouver, où il écrit pour le Web. « En ce moment, c’est la jungle. »

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Amanita virosa, par Alexandre Soublière, Boréal, 296 p.

Une jungle dont Wynn est à la fois le prédateur et la proie. Il s’imagine que ses incursions anarchiques dans la vie privée précipiteront l’avènement de l’Apocalypse, dont le sens premier est « dévoilement » — tout en constatant que même la caméra la plus indiscrète ne peut entrer dans la tête des gens. À la porno, il préfère les documentaires sur les hyènes, les piranhas et les crocodiles. Écartelé entre sa part animale et sa part civilisée, entre l’immoralisme et la moralité, il se questionne sur la nature de l’âme et boit de l’eau de pluie pour noyer sa tristesse. « Devenir un homme, c’est accumuler une série d’échecs, veux, veux pas, dit l’auteur. Nos cicatrices nous rendent uniques. »

Capable de se montrer aussi cru qu’hypersensible, Alexandre Soublière prouve une fois de plus qu’il a l’oreille absolue pour les tics de langage de sa génération et l’ethos de son époque. « On est revenus à la loi du plus fort et de la meute, dit-il. Mais je suis quand même à l’aise dans le monde où l’on vit. »

 

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