Livres étrangers et traductions : les 10 meilleurs de 2022

Notre chroniqueuse s’est prélassée dans les univers de romans d’ailleurs — traduits ou non —, et cela lui a donné envie de voyager. David Foenkinos, Kathy Reichs, il y en a pour tous les goûts !

montage : L’actualité

Le goûter du lion

d’Ito Ogawa

Ito Ogawa crée de fabuleux romans, notamment La papeterie Tsubaki (2021), une histoire sur l’art perdu de l’écriture manuscrite. Cette fois-ci, elle nous transporte à la Maison du Lion, un centre de soins palliatifs avec vue sur la mer intérieure du Japon. C’est là que Shizuku ira finir ses jours en compagnie d’autres résidants qui, comme elle, ont choisi cet endroit pour terminer leur vie en douceur. Chaque dimanche, un goûter gourmand replonge les résidants dans de profonds souvenirs d’enfance. Plus touchant que triste, ce roman aborde la mort sobrement. Un beau cadeau de lecture, malgré le sujet sombre.

(Traduction de Déborah Pierret-Watanabe, Picquier, 272 p.)

Oh, Canada

de Russell Banks

Cet auteur américain n’avait pas publié depuis quelques années, et on le retrouve ici dans un roman plutôt déroutant. Leonard Fife, célèbre documentariste, est mourant. Un de ses anciens élèves veut interviewer l’homme avant son décès afin de lever le voile sur son processus créatif. Or, Fife décide qu’il révélera tout de sa vie avant de partir. Mais est-ce que tout est vrai ? Qui raconte l’histoire et qui la traficote ? Un jeu de miroirs très touchant sur la mémoire qui reste quand la vie s’enfuit.

(Traduction de Pierre Furlan, Actes Sud, 336 p.)

Nous voulons voir votre chef !

de Drew Hayden Taylor

Ce recueil de nouvelles de science-fiction autochtone fut une jolie découverte. Que ce soit les dérapages de l’intelligence artificielle, l’arrivée des extraterrestres ou même les tribulations d’un superhéros autochtone, l’auteur nous propose des histoires bien tournées qui font sourire et réfléchir. Les traductrices expliquent, au début de l’ouvrage, leur souci réel d’offrir une traduction de qualité tout en respectant la diversité des cultures autochtones.

(Traduction de Sylvie Bérard et Suzanne Grenier, Alire, 300 p.)

Dossiers non résolus

de Kathy Reichs

Le 21e opus mettant en scène l’anthropologue judiciaire Tempe Brennan démarre avec une curieuse livraison : un globe oculaire sur lequel on a écrit des coordonnées GPS. Qui mènent tout droit à une première victime, puis à une seconde… Rapidement, Tempe découvre que chaque nouveau meurtre réplique un de ses anciens cas. Quel est le motif de ce tueur ? Les possibilités sont infinies alors que le temps file. Toujours efficace, Kathy Reichs offre au lecteur un polar bien ficelé aux détours parfois inattendus.

(Traduction de Dominique Haas et Stéphanie Leigniel, Robert Laffont, 376 p.)

Strega

de Johanne Lykke Holm

Ce roman suédois attire d’abord le lecteur avec son rythme lent et son ambiance feutrée. Neuf femmes de 19 ans sont embauchées dans un hôtel alpin pendant la saison morte. Aucun invité — c’est curieux ! —, mais les tâches s’accumulent et une cadence presque militaire s’impose. Quelques balades, des visites et des explorations ponctuent leur quotidien. Un soir de fête, l’une d’entre elles disparaît… Qu’arrivera-t-il aux autres ? Un roman aux contours flous dans lequel on plonge avec abandon.

(Traduction de Catherine Renaud, La Peuplade, 256 p.)

La cité des nuages et des oiseaux

d’Anthony Doerr

Côté briques, cet auteur nous en propose une fort jolie cette fois-ci ! Celui qui nous avait éblouis avec l’excellent Toute la lumière que nous ne pouvons voir (gagnant du prix Pulitzer 2015) réussit à nous enchanter avec ce roman qui traverse le temps et les époques. Que ce soit à Constantinople au XVe siècle, aujourd’hui en Idaho ou dans une capsule spatiale de l’avenir, on suit l’épopée d’un manuscrit de la Grèce antique. L’intrigue tourne autour d’une fable sur un livre qui rêve de se transformer en oiseau pour rejoindre un monde utopique. Des histoires croisées qui s’unissent pour célébrer le pouvoir de l’imaginaire et des mots, voilà une promesse irrésistible de lecture !

(Traduction de Marina Boraso, Albin Michel, 694 p.)

Numéro deux

de David Foenkinos

La question « Et si… ? » est un moteur de création inestimable pour plusieurs auteurs. Foenkinos a décidé de développer une curieuse hypothèse : qu’est-il advenu de celui qui est arrivé deuxième aux auditions pour choisir l’interprète d’Harry Potter au cinéma ? Quels remous ce non-choix peut-il engendrer ? Que deviendra le petit Martin après ce « non » dont il verra le résultat à toutes les sorties de films et de livres sur le sujet ? C’est à cette réflexion — complètement fictive — que l’auteur se consacre dans ce livre plutôt sympathique qui aborde les effets à long terme du rejet. 

(Gallimard, 240 p.)

L’espoir est cette chose à plumes

de Nina Berkhout

Ceux qui apprécient les animaux tomberont sous le charme de Tulipe, un magnifique perroquet gris d’Afrique au caractère infernal, qui s’installe dans la vie de Dawn, une soprano d’opéra qui a perdu la voix. Alors qu’elle se replie dans un silence désespérant, son beau-frère Tariq, qui entreprend des traitements de chimiothérapie, emménage au sous-sol. Avec Tulipe ! Dans ce tourbillon où la vie s’accroche comme elle le peut, Dawn et Tariq trouveront un certain réconfort auprès d’une chorale de siffleurs. Un roman tendre sur les liens improbables qui parfois nous unissent.

(Traduction de Sophie Cardinal-Corriveau, XYZ, 312 p.)

La couleur des choses

de Martin Panchaud

Il faut faire preuve d’un brin de lâcher-prise pour apprécier ce roman graphique à l’allure étonnante. Les personnages sont de petits points de couleur présentés en vue aérienne. Le dessin est très technique, mais l’histoire de Simon Hope est résolument humaine : un jeune garçon victime d’intimidation décide de miser aux courses de chevaux pour se sortir d’une impasse. Et c’est là que ses mésaventures se succéderont. Alors que sa maman est dans le coma et que plusieurs personnes aimeraient faire main basse sur ses gains, Simon trouvera-t-il un allié quelque part ? 

(Çà et là, 228 p.)

Cinq filles perdues à tout jamais

de Kim Fu

Tout ce qui se passe au camp de vacances reste au camp de vacances, n’est-ce pas ? Dans ce roman qui se déplie sur plusieurs années, on découvre cinq jeunes femmes, Nita, Andee, Dina, Isabel et Siobhan, qui se rencontrent, à l’aube de l’adolescence, au Camp Forevermore. Une expédition en kayak prend une tournure cauchemardesque ; laissées à elles-mêmes, comment retrouveront-elles leur chemin ? Cette histoire de jeunesse est habilement entrecoupée de bribes des parcours personnels des filles devenues femmes, et démontre ainsi, sans faillir, comment un incident peut influencer — un peu, beaucoup, à la folie — le cours d’une vie.

(Traduction d’Annie Goulet, Héliotrope, 376 p.)

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Bonjour Monsieur Simon,
Merci d’avoir pris le temps de nous écrire à ce sujet. Notre chroniqueuse Julie Roy suggère aussi beaucoup de livres d’auteurs francophones du Québec ou d’ailleurs.
Vous pouvez consulter, entre autres, ses textes Les 10 meilleurs livres québécois de 2022 (une seule traduction dans cette liste), ainsi que 15 livres à dévorer à l’hiver 2023 (un mélange d’auteurs d’origines diverses, dont le Québec et l’Europe francophone).
Merci, et bonne lecture!
Julie Gobeil, chef du pupitre éditorial

Le titre est pourtant bien clair: «Livres étrangers et traductions». Si ça vous intéresse pas, personne ne vous oblige à lire.

Pour ma part, je trouve les choix très intéressants et celui que j’ai lu, «La cité des nuages et des oiseaux» mérite la qualification de chef d’œuvre et j’encourage tous ceux qui s’intéressent à la littérature étrangère à le lire, c’est un véritable plaisir. On chevauche entre les époques, les continents, et on se doute bien que le tout va éventuellement se recouper et on est pas déçu. Je le recommande chaudement et pour ma part je l’ai obtenu à ma bibliothèque municipale.