L’œil de cuivre : un plaidoyer pour la reconnaissance des arts populaires

«On a tous le droit de laisser une empreinte derrière soi : des meubles bien faits, des livres le mieux écrits possible. C’est un peu mon pèlerinage, si on veut», dit l’auteur Pierre Samson.

« À quoi bon fouiller les poubelles que je laisse derrière ? » demande un vieil ébéniste à son fils dans L’œil de cuivre, de Pierre Samson. Les poubelles en question, ce sont les meubles en palissandre et citronnier qu’il a patiemment fignolés — « des œuvres, pas juste des produits » —, mais dont plus personne ne veut dans notre monde de décors Ikea uniformisés. « Notre société glorifie l’amnésie, dit l’écrivain, et le travail de l’artisan fait partie des richesses qu’elle bazarde facilement. J’y vois plutôt une source de mémoire où l’on va chercher des forces pour affronter le présent. »

Vibrant plaidoyer pour la reconnaissance des arts populaires, L’œil de cuivre revendique également leur importante valeur patrimoniale, incarnée par les multiples secrets (professionnels et personnels) que recèlent les tiroirs de l’ébéniste, mais aussi par la grande leçon de tolérance que le fils tirera de leur héritage.

pierre samson
L’œil de cuivre, par Pierre Samson, Les Herbes Rouges, 308 p.

On sent bien, quand Pierre Samson parle du souci de perfection de l’artisan, qu’il parle également du polissage minutieux de son propre style — une marqueterie précise de phrases chantournées et de métaphores finement agencées avec, çà et là, des insertions de mots rares et précieux. « On m’a reproché d’être élitiste, dit-il à ce sujet, ce qui est ironique, parce que j’ai une approche “démocratisante” de la langue. Les mots du dictionnaire, c’est pour tout le monde. »

Idem pour ce qui est de la transmission d’un héritage à ses descendants ou à la collectivité. « Je viens d’un milieu ouvrier où les gens ont l’impression de n’avoir rien de valable à léguer. C’est contre cette inégalité sociale que j’en ai. On a tous le droit de laisser une empreinte derrière soi : des meubles bien faits, des livres le mieux écrits possible. C’est un peu mon pèlerinage, si on veut. Ma croisade. » Une croisade dont L’œil de cuivre est une étape majeure, certainement.

 

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Intéressant mais je ne suis pas entièrement d’accord avec les raisons évoqués. Pas que je sois en désaccord lorsqu’on parle de l’uniformisation à la Ikea mais ça n’explique pas tout. En tout cas, ça exclut complètement l’artisant de la problématique.

Les meubles (et autres) d’artisants sont souvent très intéressants mais aussi très chers. On ne parle pas d’une petite différence et on ne peut pas exclure cet élément de la problématique). Il y a aussi une question de disponibilité et de facilité. Magasiner les produits Ikea, c’est plus facile. D’ailleurs, je dirais que bon nombre d’artisants ne sont pas de bons commerçants. Il y a souvent des lacunes, que ce soit pour la mise en marché, de l’efficacité de lentreprise, etc. Un reproche que je fais souvent aux commerçants du Québec (ce n’est pas exclusif): plusieurs veulent que le client s’adapte à eux alors que ce doit être l’inverse.

Et puis est-ce que le tableau est si sombre? Aucune idée du bilan de Plein-art, mais il y avait du monde en masse et ça semblait fonctionner. Mais il faudrait le demander aux artisants…