L’orchestre d’hommes-orchestres joue à Kurt Weill

Dans les spectacles de L’orchestre d’hommes-orchestres (LODHO pour les habitués), tout s’entrelace et se fertilise?: musique, théâtre, cirque, performance, bricolage, humour et poésie. Bruno Bouchard, Simon Elmaleh, Jasmin Cloutier et Simon Drouin, porte-parole pour l’occasion, forment le noyau fondateur du collectif de Québec?: des musiciens, de formation ou autodidactes, visuellement allumés, plus ou moins chanteurs, éperdument explorateurs. «Nous touchons à tout sans pour autant posséder les expertises attendues ou les connaissances préalables.» Une façon d’éloigner la critique?? «Plutôt une invitation à la débrouillardise.»

Photo : Guillaume D. Cyr

Le groupe, à nombre variable selon les entreprises, pratique la transversalité des disci­plines. «On préfère dire “indisciplines”», souligne Drouin, bachelier en études théâtrales et mince comme un céleri. «Notre intention?: faire de la musique qui se voit.» Dans Joue à Tom Waits — créé en 2001 dans un bar de Québec et de plus en plus réclamé dans le monde —, les artistes jouent des spaghettis, des gants de boxe, du landau, du «bâton de golf-casque de moto-tapette à mouche»… De ce magasin d’instruments bizarres, les chansons de Waits ressortent comme transfigurées.

Sur scène, le groupe laisse advenir «l’inopiné au milieu du déterminé», s’attache à ce qui se passe entre maintenant et tout à l’heure, «regarde la chose derrière la chose». Abstrait?? En direct, la démarche se révèle hardie et irrésistible.

Fidèle au principe maison — «déconstruire pour mieux rebâtir» —, LODHO aborde cette fois Kurt Weill, pour lequel Cocteau a façonné cette formule?: «Le seul moment où je peux faire l’amour à une femme, c’est quand j’entends la musique de Weill.» L’Allemand s’y connaissait en mélodies qui collent au corps. Que réserve donc Cabaret brise-jour et autres manivelles, outre des chansons sur la vie qui ne rit pas tous les jours?? «Comme on privilégie une écriture de surprises, on essaie de ne pas trop en dévoiler.» S’il vous plaît?! Drouin consent à indiquer qu’il jouera de la trompette à lunch, de l’harmonica traversière et du taille-crayon sur un étui à violon?!

Quand ils ne se produisent pas sur scène ou n’inventent pas d’objets fantasques pour de futurs spectacles, les hommes-orchestres proposent des interventions urbaines. Comme Tintamarre caravane, qui s’amuse d’un camion de laitier de 1963 transformé en instrument de musique ambulant — banjo cuvette, orgue à klaxons, plateforme à claquettes — pour une démonstration aussi spontanée que rafraîchissante du savoir-faire de la joueuse bande. Allez, c’est carnaval.

Kurt Weill : Cabaret brise-jour et autres manivelles, Théâtre Périscope, à Québec, du 10 au 28 avr., 418 529-2183.

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