Louis Morin, le ratoureux de Baie-Comeau

Après 40 ans de diffusion, Louis Morin, directeur du Centre des arts de Baie-Comeau, sait mieux que quiconque comment attirer les artistes en région. 

Louis Morin, devant le Centre des arts de Baie-Comeau, où une corne de brume stylisée du sculpteur Pierre Bourgault (Cri, 2010) semble lancer un appel aux artistes et aux spectateurs. (Photo : Studio du Ruisseau)
Louis Morin, devant le Centre des arts de Baie-Comeau, où une corne de brume stylisée du sculpteur Pierre Bourgault (Cri, 2010) semble lancer un appel aux artistes et aux spectateurs. (Photo : Studio du Ruisseau)

Il propose des spectacles « satisfaction garantie ou argent remis », concocte des promotions qui feraient baver d’envie les producteurs des métropoles… Après 40 ans de diffusion, Louis Morin, directeur du Centre des arts de Baie-Comeau, sait mieux que quiconque comment attirer les artistes en région. À ses yeux, le spectacle est un rempart absolu contre la morosité. Chacune de ses propositions artistiques audacieuses doit offrir une expérience de vie unique, une occasion de se faire bousculer. Et ça marche : le public en redemande !

L’industrie du spectacle est parfois difficilement rentable. Y a-t-il un risque accru, en région, de devoir présenter des succès garantis au détriment de productions moins commerciales ?

Si je voulais faire de l’argent, j’en ferais en diffusant majoritairement des spectacles d’humour. Mais ce n’est pas ce que je vise. J’adore les spaghettis, mais si j’en mange toute la semaine, j’ai le goût d’autre chose le vendredi. C’est le même phénomène avec les spectacles. En offrant de la diversité, j’atteins mon objectif, qui n’est pas nécessairement d’attirer 800 personnes chaque fois. Je considère que présenter un spectacle est un élément antimorosité absolu : ce n’est pas rare que quelqu’un arrive de mauvaise humeur, mais c’est extrêmement rare qu’il reparte dans le même état ou déçu. Je veux que les gens quittent la salle hyper-heureux.

Vous avez établi une relation privilégiée avec votre public. Comment y êtes-vous arrivé ?

Je m’adapte en fonction des désirs et des attentes des gens, mais je prends aussi un malin plaisir à les bousculer, à leur proposer des spectacles auxquels ils n’assisteraient pas d’emblée. Quelle joie que de mettre sa tête sur le billot pour des artistes comme la chanteuse et multi-instrumentiste Lior Shoov, le musicien Huu Bac, qui fait du jazz avec des instruments orientaux, ou la percussionniste Marie-Josée Simard, par exemple. Avant les lancements de saison, je discute avec des spectateurs, je tends l’oreille. Je fais des fiches signalétiques sur les spectacles que je vois, je note plein de détails en apparence insignifiants. Par exemple, il y a quelques années, j’avais lu qu’Ariane Moffatt avait obtenu sa ceinture brune en karaté. En 2004, lorsque j’ai programmé sa venue à New Richmond, où j’ai travaillé pendant 17 ans, j’ai contacté le club de karaté de la ville. J’ai proposé à ses membres des billets à prix réduit. Je les ai aussi invités à rencontrer l’artiste à la fin du concert, et à lui remettre une ceinture du club. Tout cela a créé un sentiment d’appartenance. Ils ont apprécié le spectacle et viennent maintenant en voir d’autres.

Ces dernières années, l’offre de spectacles a explosé. Est-ce un casse-tête de bâtir une programmation ?

C’est parfois déchirant de choisir, c’est pourquoi je travaille sur trois saisons. Pour vous donner une idée, le Réseau des organisateurs de spectacles de l’Est du Québec propose plus de 1 300 pro­duc­tions en 2015, et j’en présente 66 par année, toutes disciplines confon­dues. Ça fait de moi un diffuseur majeur, selon le ministère de la Culture. Mon travail est évidemment complexe. Mais ce qui ne changera jamais, c’est ma volonté de favoriser les artistes émergents et les propositions audacieuses. C’est aussi un ris­que, car certains artistes connus peuvent finalement ne pas venir parce que je tiens à offrir une programmation très variée.

Est-ce le ministère de la Culture qui vous oblige à ouvrir votre scène à la relève, ou est-ce vous qui vous imposez cette condition ?

Je me l’impose. En réalité, je procède par paliers, notamment par âge. Par exemple, si j’invite Alain Morisod & Sweet People, je m’adresse à un public plus âgé ; si je présente Bears of Legend, je touche plutôt le groupe des 20-35 ans. Par ailleurs, voir Les Cowboys Fringants en salle, ça donne le goût de bouger ; ça ne s’y prête pas assis. L’aménagement d’une deuxième salle format cabaret, en 2010, m’a permis de répondre aux demandes d’un public qui souhaitait un lieu plus propice à son exubérance.

Craignez-vous parfois de ne pas réussir à attirer le public ?

Les jeunes de 20 à 35 ans ne fréquentaient plus les salles. Il a donc fallu tout un travail de fond pour les ramener, et c’est beaucoup en nous ouvrant à leurs sug­gestions que mon équipe et moi y sommes parvenus. Comme je le disais plus tôt, mon objectif, c’est de répondre à la demande des uns et de piquer la curiosité des autres. En formule cabaret, on peut accueillir 240 personnes. Bears of Legend, un groupe de folk fantastique de la Mauricie, a joué à guichets fermés en mai. En octobre 2014, j’avais dit malicieusement à quelques spectateurs qui réclamaient leur venue : « Gardez le secret, mais ils vien­nent le 23 mai. » La rumeur s’est répandue, et la salle était pleine.

Est-il vrai que vous remboursez les spectateurs déçus ?

Oui, j’offre un spectacle 100 % garanti au moins une fois par sai­son. Si quelqu’un ne l’a pas aimé, je le rembourse. Mais je le fais seu­lement pour des spectacles audacieux, sinon il n’y a aucun intérêt. Cette année, il s’agit d’une production de la compagnie de danse [ZØGMA] : Rapaillé, qui s’inspire de textes de Gaston Miron. Je commence à avoir une base de public pour le 100 % garanti, qui transmet à l’entourage son envie d’être surpris.

Il y a un effet d’entraînement naturel, donc ?

Oui. Quand on laisse les gens s’exprimer, c’est incroyable, tout ce qui en ressort ; ce n’est pas nécessairement ce que l’industrie veut imposer. À Baie-Comeau, on a la chance de disposer d’un lieu avec deux salles aux caractéristiques différentes, et d’avoir des artistes qui acceptent de venir jusqu’ici pour se produire sur scène ; c’est un cadeau qu’ils nous font. Mon plus grand plaisir et mon plus grand défi restent de proposer des spectacles desquels les gens ressortent avec des étoiles dans les yeux.

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Le ratoureux de Baie-Comeau; il est pas mal fin…………et j’ai hâte que nos activités reprenne……..j’aime beaucoup qu’on t’oublie pas…byeeeee et bon été

Bravo Louis!
on est pas mal fière de toi! Le centre des Beaux Arts et magnifique et quel chance ils ont de t’avoir!
Je t’embrasse
Odile
xx