Louise Penny, la nouvelle reine du crime

La plume derrière les aventures de l’inspecteur-chef Armand Gamache a réussi, au fil du temps, à laisser derrière elle la pression extérieure pour se concentrer sur le plus important : créer. 

Louise Penny
Photo : Jean-François Bérubé

Louise Penny avait 46 ans lorsque son premier roman fut publié. Quatorze ans plus tard, elle a vendu plus de 6,3 millions d’exemplaires des 14 titres de sa série de romans policiers mettant en vedette le désormais célèbre inspecteur Armand Gamache et les habitants du village fictif de Three Pines. Une douce revanche pour cette ancienne journaliste qui, après avoir essuyé une cinquantaine de refus pour son premier manuscrit, est maintenant une habituée de la liste des best-sellers du New York Times. Son dernier titre publié en français, Au royaume des aveugles, arrive juste à temps pour les vacances.

* * *

Où écrivez-vous ?

Pour mes premiers livres, j’étais convaincue que le lieu où j’écrivais possédait une magie particulière. Je devais m’installer dans le salon de notre maison, devant la cheminée, avec mon vieux portable. Puis, le portable est mort, et le mythe avec ! J’ai compris que je transportais Three Pines et ses personnages avec moi. Alors maintenant, j’écris n’importe où, sur n’importe quel ordinateur.

Comment décririez-vous votre démarche artistique ?

J’écris ce que j’aimerais lire. Mais le danger, avec une série qui met en scène des personnages récurrents, c’est de tomber dans la formule. Pour éviter ça, je dois sans cesse me forcer à prendre des risques. Devant ma table de travail, j’ai placardé les derniers mots du poète Seamus Heaney : « Noli timere ». N’aie pas peur. C’est aussi ma façon d’aborder la vie. J’ai peur de tout, alors chaque jour je m’exhorte au courage.

Trop longtemps dans ma vie, j’ai subi la tyrannie de l’approbation des autres. Maintenant, je place mes livres à l’abri de la pression, réelle ou fictive, des agents, des éditeurs ou même des lecteurs.

Quelle place le lecteur prend-il dans votre processus créatif ?

J’écris d’abord pour moi, en suivant la logique des personnages. Les lecteurs sont les bienvenus, s’ils veulent se joindre à nous. Cela dit, je sais que les gens consacrent un temps précieux et de l’argent à mes romans. La lecture doit en valoir la peine, voilà l’engagement que j’ai envers mes lecteurs.

Savoir que des milliers de mordus attendent votre prochain livre rend-il l’écriture plus difficile ?

Au début, ça rendait le travail plus ardu : je sentais une énorme pression. Trop longtemps dans ma vie, j’ai subi la tyrannie de l’approbation des autres. Et je sais que cela ne conduit qu’à la médiocrité : travailler par peur de l’échec, jouer la sécurité. Alors maintenant, tout en étant très touchée par la fidélité des lecteurs, je place mes livres à l’abri de la pression, réelle ou fictive, des agents, des éditeurs ou même des lecteurs.

Quelle partie de votre boulot vous rend le plus heureuse ?

Écrire ! Si je n’ai rien à faire d’autre dans ma journée, c’est le bonheur.

Lisez-vous les livres d’autres auteurs comme une simple lectrice… ou comme une auteure ?

Quand je lis, il y a toujours une part de moi qui analyse : « C’est brillant, comment est-ce fait ? » ou « Ce personnage n’est pas crédible, pourquoi ? » Voilà pourquoi je lis beaucoup d’ouvrages non romanesques ; je veux laisser mon cerveau se détendre !

Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu ?

Il est venu d’une thérapeute que j’avais consultée quand je bataillais pour mon deuxième livre. Je sentais le poids des attentes du public, de l’éditeur, de moi-même, et j’étais paralysée par la peur. Elle m’a dit un truc qui a changé ma vie : « C’est la mauvaise personne qui est en train d’écrire votre livre : la critique en vous. Vous devez la mettre à la porte et laisser la créatrice composer la première version. Rappelez la critique pour les versions deux, trois et quatre… Mais pour la première, contentez-vous de plonger sans crainte. »

De quelle réalisation êtes-vous le plus fière ?

Avec mon mari, le Dr Michael Whitehead, j’ai aidé à créer le prix Arthur-Ellis (remis par l’association Crime Writers of Canada) pour le meilleur premier roman non publié. Cela contribue à lancer la carrière d’auteurs canadiens qui traitent de crimes et de mystères.

Comment s’est passée la création d’Au royaume des aveugles ?

C’est mon premier livre depuis la mort de mon mari. Je croyais que je n’arriverais plus jamais à écrire, mais, après quelques mois, j’ai redécouvert pourquoi j’aimais cela, pourquoi j’aime mes personnages et surtout mon héros : l’inspecteur-chef Armand Gamache. Il m’a été inspiré par Michael. C’est un homme bon, honnête, intègre, chaleureux, qui a une intelligence vive et le courage d’être gentil. Maintenant, j’ai l’impression que Michael est tout le temps avec moi.

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