Luc Bossé, chef de bandes

Bédéiste et éditeur, il participe au 25e Festival de la bande dessinée francophone de Québec.

Luc Bossé a 37 ans, la voix dans la cave, un passé de concepteur graphique dans les agences de pub. Muté en auteur de BD en 2008, il arrose de ses dessins son blogue BD de cuL, pas très cul d’ailleurs — «C’est décevant, hein?? Juste mon prénom inversé» —, qui lui rallie un public prêt à le suivre.

Photo : Jocelyn Michel

En 2009, il fonde sa maison d’édition, Pow Pow. Au catalogue?: déjà six livres et quatre à venir d’ici la fin de l’année. Des BD en noir et blanc, mais hautes en couleur, de plus de 100 pages chacune, graphiquement émancipées, aucune ne copiant sa voisine. Parmi celles-ci?: Yves, le roi de la cruise, que Bossé a dessinée sur un scénario d’Alexandre Simard. Le titre procède par antiphrase?: Yves, le personnage principal, ne sait pas s’y prendre avec les femmes?! «N’y voyez rien d’autobiographique, mais un sujet à gags.»

Avez-vous créé votre maison d’édition pour publier vos bandes dessinées, dont personne ne voulait ?

Je n’ai même pas abordé d’autres éditeurs. Je me suis lancé en toute naïveté, malgré les mises en garde de mon entourage?: «Déjà que l’édition, c’est pas fort au Québec, tu te marginalises encore plus avec la BD.» Les objections m’ont stimulé. Qu’est-ce qui pouvait m’arriver de pire que de perdre de l’argent?? J’ai investi mes économies dans l’affaire et je ne le regrette pas. Le chiffre de ventes est encourageant.

On ne se jette pas dans le monde de l’édition sans avoir un peu d’expérience. À quoi ressemble la vôtre ?

Vers l’âge de 12 ans, j’ai dirigé un petit maga­zine maison, Le familial ; je dessinais des BD, réclamais des articles à ma mère, mes oncles et mes tantes, puis je le distribuais dans les familles de mon père et de ma mère, qui avaient chacun 12 frères et sœurs. Ça faisait un gros tirage?! On a tenu 20 numéros.

Sur quels critères appuyez-vous votre choix de publier telle ou telle œuvre ?

Moins sur un graphisme innovant que sur une bonne histoire, avec, si possible, une saveur québécoise.

Pourquoi dessinez-vous ? Pour exprimer ce que vous ne savez pas dire ?

Pour le dire mieux. Je rêve de réussir une BD engagée qui ne s’adresserait pas qu’aux convaincus. J’ai un livre en préparation, Ninja Pow Pow, qui relate les aventures d’un ninja en guerre contre les conseils d’administration, les hommes-cravates. Et j’y zoome sur des thèmes comme l’obsolescence programmée des technologies, les sables bitumineux, les salaires pharaoniques des chefs d’entreprise.

Un extrait de « Annexe C : Ninja POW POW », paru en septembre 2009.

Comment définissez-vous votre signature graphique ?

Minimaliste. J’opte pour un trait clair, une ligne nette?: pas de décor compliqué, pas de surcharge dans les cases?; je me concentre plus sur l’intrigue que sur la mise en scène.

Vous participiez, en janvier dernier, au Festival interna­tional de la bande dessinée d’Angoulême, en France. Comment se porte la BD québécoise à l’étranger ?

Parmi les plus gros succès en Europe, on trouve le travail de Delaf & Dubuc. Leur série Les nombrils a pété le million d’exemplaires vendus. Mais il n’y a pas grand monde qui sait qu’il s’agit de Québécois.

Le bédéiste français Joann Sfar a affirmé : « Tous mes livres sont des médicaments qui soignent les maladies dont je souffre. » De quoi souffrez-vous ?

Présentement, je souffre de la maladie du bras qui empêche la main de dessiner?! Non pas par manque d’inspiration, mais à cause d’une tendinite en train de dégénérer, parce que je n’ai pas su dessiner modérément. Ce n’est pas une maladie mentale, du moins pas encore?!

25e Festival de la bande dessinée francophone de Québec, Centre des congrès de Québec du 11 au 15 avr., 418 524-9696.

 

 

Luc Bossé, chef de bandes

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