Luc Picard, le bâtisseur

Malenfant, minisérie en quatre épisodes, Séries+, à compter du 24 févr.

Luc-Picard-filmUn acteur sans pareil : pas trop exclamatif, économe de gestes, bloc de présence et de mystère ; sanguin quand il le faut, viril et tendre le reste du temps. La fin de la quarantaine sied bien à Luc Picard ; on le sent plus fruité qu’avant, plus partageur.

Avant de retrouver au cinéma son personnage de François Pelletier dans Le projet Omertà, de Luc Dionne, et de diriger Ésimésac, coscénarisé avec Fred Pellerin, dans lequel il reprend le rôle du marchand de village Toussaint Brodeur, découvert dans Babine, il s’expose à la lumière du petit écran en personnifiant Raymond Malenfant, le « bâtisseur de motels », dans une minisérie réalisée par Ricardo Trogi.

Un acteur sans pareil : pas trop exclamatif, économe de gestes, bloc de présence et de mystère ; sanguin quand il le faut, viril et tendre le reste du temps. La fin de la quarantaine sied bien à Luc Picard ; on le sent plus fruité qu’avant, plus partageur.

Avant de retrouver au cinéma son personnage de François Pelletier dans Le projet Omertà, de Luc Dionne, et de diriger Ésimésac, coscénarisé avec Fred Pellerin, dans lequel il reprend le rôle du marchand de village Toussaint Brodeur, découvert dans Babine, il s’expose à la lumière du petit écran en personnifiant Raymond Malenfant, le « bâtisseur de motels », dans une minisérie réalisée par Ricardo Trogi.

On vous voit moins comme acteur. Vous êtes devenu trop difficile ?

— C’est vrai que je ne joue pas n’importe quoi, mais les offres ont beaucoup diminué, en 2002, après la série Simonne et Chartrand 2 et 20h17, rue Darling, de Bernard Émond. J’ai vécu un passage à vide durant lequel j’ai capoté un peu, avant de me mettre à l’écriture de L’audition, film que j’ai réalisé afin de m’engager comme acteur.

Luc-Picard-film
Photo : Jocelyn Michel

Que vous a appris votre passage derrière la caméra ?

— À être un acteur plus docile. Depuis que je signe des films, je comprends mieux ce qui se passe en aval et en amont d’un tournage, et je respecte l’espace du réalisateur : c’est son film à lui. Avant, je vivais dans une sorte de rapport parent-enfant avec le réalisateur. C’était à lui d’assumer ses responsabilités, à moi de lâcher mon fou.

Qu’est-ce qui vous fait accepter un rôle aujourd’hui ?

— S’il m’oblige à quitter mes zones de confort et si je peux y mettre un peu de virtuosité. C’est peut-être vaniteux de ma part, mais devant un rôle, je me pose la question : ce que j’ai à apporter peut-il « faire une différence » ?

Raymond Malenfant, qui a eu maille à partir avec les syndicats, qui a fait fortune (il pesait 400 millions de dollars) puis a été acculé à la faillite, et qu’un accident a invalidé, c’est de la bonne matière pour un acteur ?

— Un homme doté d’un orgueil extravagant et qu’un rien peut casser en mille morceaux, c’est un beau défi. Comme l’a été celui d’interpréter Roch « Moïse » Thériault [Moïse : l’affaire Roch Thériault], un sadique doublé d’un séduc­teur. Le paradoxe est excitant à jouer.

Comment aborder l’inter­prétation d’un personnage qui est toujours vivant ?

— De concert avec Ricardo Trogi, j’ai pris le parti de ne pas essayer d’imiter M. Malenfant. Les gens ne l’ont pas assez vu pour avoir une image précise de lui. Ce qui n’était pas le cas quand j’ai incarné Michel Chartrand, dont tout le monde connaissait le physique, les tics, le langage fleuri. Avec Malenfant, j’ai créé, à partir d’un personnage réel, un être de fiction.

Vous ne l’avez donc pas rencontré ?

— Non, mais pendant le tournage, j’avais en tête la lettre que Colette, sa femme, m’a adressée. Elle m’écrivait qu’ils étaient honorés que je tienne le rôle, me rappelait qu’ils avaient eu des relations difficiles avec les médias, etc. Au fond, elle me disait : « Prenez soin de nous. »

Vous demandez un moratoire sur l’exploitation du gaz de schiste, vous agissez pour l’indépendance du Québec, vous êtes un artiste socialement engagé.

— Je n’envisage pas l’art sans quête d’un sens à la vie, sans remises en question autant politiques que philosophiques ; sinon, c’est du pur divertissement. C’est le rôle de l’artiste de contrer la langue de bois et le politiquement correct. J’étais déjà un citoyen responsable avant d’être connu. Je ne m’empêcherai pas de parler, mais je revendique le droit de me tromper et d’être parfois épais.

Malenfant, minisérie en quatre épisodes, Séries+, à compter du 24 févr.

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Je n’ai ni lu, ni entendu une quelconque confirmation à l’effet que monsieur Picard faisait partie de la distribution du film Le Projet Omertà. Quelle est votre source d’information?