Mali : la guerre des extrémistes contre la musique

La musique se joue désormais en sourdine au Mali, sous la menace de groupuscules religieux extrémistes et de milices faisant la chasse à cette forme d’art qu’ils jugent profane. Mais une résistance s’organise…

Le Mali est une terre d’art fertile et vivifiante, à mi-chemin entre la transmission d’une culture ancestrale et éclectique et la réinvention de ses propres traditions.
Culture

Le pays de 14 millions d’habitants a toujours abrité des musiciens de classe mondiale — Salif Keita, Amadou & Mariam, Toumani et Sidiki Diabaté, Cheick Tidiane Seck et Moussa Doumbia, pour n’en nommer que quelques-uns, dont L’actualité a déjà parlé ici et ici. Bref, ce genre de laboratoires musicaux à ciel ouvert dont on se délecte ; une perpétuelle fontaine de jouvence qu’alimentent, contre vents et marées, chanteurs, danseurs et musiciens.

Mais voilà que depuis trois ans, dans le nord du pays surtout, la musique se joue en sourdine — quand elle ne se joue plus du tout —, sous la menace de groupuscules religieux extrémistes et de milices qui font la chasse à cette forme d’art, prétendant qu’elle serait profane.

À grands coups de brasiers d’instruments et de fermetures de radios locales, les mélodies se sont tues. C’est même le cas de la musique ancestrale des griots, pierres angulaires de la transmission culturelle et orale en Afrique occidentale.

L’un des plus grands festivals du pays, le Festival au Désert — une vitrine de choix pour tous les artistes du Sahel —, s’est délocalisé au Burkina Faso et au Maroc, entre autres lieux. D’ailleurs, son site Internet officiel a rayé la date initiale du festival, ajoutant la mention floue «toujours en exil» et les mots évocateurs de son directeur, qui datent d’il y a deux ans déjà.

Hey Mali, un court film de 12 minutes diffusé par le site Web du quotidien britannique The Guardian, suit de son côté le combat des artistes maliens pour que leur musique ne disparaisse pas, qu’on continue à l’écouter et qu’elle reste un vecteur culturel majeur, comme elle l’a toujours été. Contre les armes, ces artistes ne sont pas prêts à baisser les bras et le micro :


La survie de la musique au Mali prend la forme d’un combat quotidien, dans ce qui sonne comme un prélude à un autre film, They Will Have to Kill Us First : Malian Music in Exil. Ce documentaire choc sera présenté en première mondiale le 16 mars prochain, à l’occasion du Festival South by SouthWest (SXSW) d’Austin, au Texas — une tribune pour le film indépendant, les technologies émergentes et la musique.

Voici la bande-annonce de ce film, dont on attend avec impatience la projection au Québec :

 

 

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5 commentaires
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La musique exprime l’âme d’un peuple. L’empêcher pour des raisons soi-disant religieuses, c’est tuer la beauté de la Vie elle-même.

Article très intéressant… Un point de vue culturel éclaircissant de ce pays dont on entend trop peu parler. Bravo!