Martin Faucher et ses «Dancing Grandmothers»

Martin Faucher, nouveau directeur artistique du Festival TransAmériques (FTA), fait du spectacle Dancing Grandmothers le coup d’envoi de la manifestation.

Martin Faucher, nouveau directeur artistique du Festival TransAmériques (Photo : Joannie Lafrenière)
Martin Faucher, nouveau directeur artistique du Festival TransAmériques (Photo : Joannie Lafrenière)

Elles ont entre 70 et 85 ans, mais n’hésitent pas à se déhancher sur scène auprès de jeunes interprètes. Elles, ce sont les Dancing Grandmothers, les véritables vedettes d’une chorégraphie ultra-festive et intergénérationnelle imaginée par la Sud-Coréenne Eun-me Ahn. Martin Faucher, nouveau directeur artistique du Festival TransAmériques (FTA), a tenu à faire de ce spectacle improbable le coup d’envoi de la neuvième mouture de la manifestation, la première dont il signe la programmation.

« Quand je l’ai vu à Paris, l’été dernier, j’ai tout de suite su que ce serait mon spectacle d’ouver­ture », se souvient celui qui prend le relais de Marie-Hélène Falcon à la direction du FTA, le plus important festival consacré à la danse et au théâtre en Amérique du Nord. « Dancing Grandmothers est un spectacle hautement divertissant, c’est une grande fête, mais il porte aussi un propos qui m’interpelle. Il y est beaucoup question de transmission culturelle, de la place faite au troisième âge dans nos sociétés, de la place accordée au féminin. On en sort enthousiasmé, ému, et en même temps habité par une réflexion. »

Il faut dire que Faucher, qui a mis en scène la comédie Le mystère d’Irma Vep, de Charles Ludlam, autant que Blanche-Neige, de l’Autrichienne Elfriede Jelinek, œuvre réputée difficile, n’a jamais eu peur de couvrir large. « Dans ma pratique de metteur en scène, une salle qui rit m’a toujours satisfait autant qu’une salle qui éprouve un plaisir plus intellectuel », dit-il. L’affiche 2015 du FTA compte 25 propositions, où chacun, en effet, devrait trouver son bonheur, dont une relecture qui s’annonce décapante de Tartuffe par l’Allemand Michael Thalheimer — « Molière sous amphétamines », promet-on —, et Tout Artaud ?!, la lecture par le Québécois Christian Lapointe des 28 volumes de l’œuvre complète du poète et metteur en scène français Antonin Artaud (1896-1948). Une prouesse qui pourrait donner lieu au record Guinness de la plus longue lecture à voix haute !

La chaîne magique

Par les temps qui courent, Martin Faucher aime bien citer cet Antonin Artaud, qui a dit souhaiter « faire renaître la chaîne magique dans les foules ». La phrase semble avoir agi comme un leitmotiv tout au long de la préparation des derniers mois. « On est dans une société où on scrute, on analyse, on accuse. On est très portés sur les balises rationnelles, sur le “j’en veux pour mon argent”. Selon moi, ça nous conduit souvent à tuer la beauté au profit d’une efficacité sèche, stérile. Avec le festival, on veut contribuer à ce que les gens soient riches de choses qui vont leur permettre d’affronter ce qui ne va pas dans leur vie. »

Martin Faucher, un adepte de l’art sans compromis, quel qu’en soit le prix ? Pas tout à fait. « Je ne suis pas quelqu’un d’irresponsable, je gère un budget, ici. Nous sommes près des chif­fres, par la force des choses, mais nos choix sont guidés par des motifs qui vont au-delà des chiffres. C’est simple­ment ça que j’aimerais voir un peu plus souvent dans ma société. J’ai l’impression qu’on glisse vers une culture de l’abri Tempo et du Home Dépôt, du “même si ça dure pas, ça me dérange pas”. Il se trouve que moi, la durée, ça me préoccupe. »

(Du 21 mai au 4 juin)