Martin Messier : metteur en son

Il a imaginé une symphonie industrielle interprétée par des machines à coudre ; tiré de la musique de vieux réveille-matins ; improvisé un concert de cuisine en mettant à contribution grille-pain, casserole, porte du four ; enregistré un album, Et si l’aurore disait oui, sur lequel il joue de la guitare une note à la fois, de la basse une corde à la fois, du piano un doigt à la fois, où il chante une syllabe à la fois, etc. Le résultat ? Peut-être pas pour toutes les oreilles ! Mais ça décrasse.

Évidemment, ces entreprises radicales condamnent Martin Messier — 32 ans, beaucoup de cheveux, un disque dur dans le cerveau — à une certaine marginalité. « Toucher la masse n’est pas mon objectif. J’ai fait mes meilleurs shows devant cinq personnes. » Mais son travail est diffusé dans des festivals en France, en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Bulgarie.

À l’adolescence, Messier se jette dans la batterie à fond les cymbales et passe par toutes les couleurs : rébellion, rock, punk, metal, free-jazz. Un peu plus et il devenait chanteur pop ! À l’université, il emprunte la contre-allée : bachelier en composition électroacoustique, il ouvre grand les fenêtres, regarde du côté des arts graphiques, découvre la vidéomusique. « Il m’est impossible de réunir sous un seul vocable mes champs de création. » Alors, on énumère ses talents : musicien, compositeur, vidéaste, performeur, chercheur. Avec un fil rouge, « l’organisation et l’amplification des sons », et de plus en plus d’associations avec la danse et le théâtre.

Remanié pour le jeune public de La Maison Théâtre, Le projet pupitre, pensé et créé en 2007 par Messier et Jacques Poulin-Denis, anime d’une existence sonore les objets d’un pupitre de classe : crayons, agrafeuse, règle… Les deux hommes personnifient des élèves de 10 ans pris dans les rets d’une dictée, dont ils s’évadent en une étonnante diva­gation électroacoustique. « Auprès des adultes, le spectacle marche super  bien. Mais est-ce qu’un élastique qui fait de la musique, fût-elle amplifiée et traitée par ordinateur, impressionnera un enfant qui croit que Spider-Man existe pour vrai ? »

Messier exerce son pouvoir d’expérimentation dans le laboratoire de Perte de signal, centre qui regroupe une communauté d’artistes concernés par l’image en mouvement, l’art audio et la mise en espace d’objets numériques et électromécaniques. Ouvert aux croisements, il cherche des connivences avec scénographes, architectes, éclairagistes… « Je veux aller vers ce que je ne connais pas. » Ira loin.

Le Projet pupitre, Maison Théâtre, à Montréal, du 12 au 29 janv., 514 288-7211 ; Soak et Derrière le rideau, il fait peut-être nuit, deux spectacles de son, danse et lumière, Monument-National, à Montréal, du 26 au 29 janv., 514 871-2224.

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