Maryse et son fantôme

Maryse Pelletier, dramaturge et romancière, pense souvent à sa grand-mère, qui, au début du siècle, dirigeait énergiquement l’hôtel familial.

C’est comme si l’oeil de Dieu se posait sur moi, raconte-t-elle en songeant aux mouvements d’humeur incontrôlés de cette femme frustrée qu’elle n’aimait pas beaucoup. Pour s’en libérer, elle l’a ressuscitée dans La duchesse des Bois-Francs (La courte échelle). « Cela m’a fait du bien. Je voulais comprendre pourquoi elle avait tant marqué mon père. C’est assurément l’absence de liberté et le poids de la religion propres à son époque qui expliquent ses frustrations. »

Jamais plus de romans!

Depuis que Dany Laferrière a décidé de ne plus écrire de romans, jamais a-t-on autant parlé de lui. « C’est quand on meurt qu’on fait couler de l’encre », souligne-t-il. Mais comment peut-il être sûr qu’il ne publiera rien de nouveau? « C’est comme suivre un régime amaigrissant. Un jour, on se décide: Je commence. » En fait, il a le sentiment d’avoir tout dit dans ses livres, qu’il considère comme son autobiographie américaine. « Je les ai écrits très vite, j’avais peur de ne pas me rendre au bout. Pour un Haïtien, il est difficile de prendre son temps. L’avenir est si improbable. » Alors, il réécrit ses romans, un à un, à commencer par Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit? (VLB éditeur), qui compte 100 pages de plus que la version originale.

Quelle vie!

Logan Mountstuart n’a jamais existé, si ce n’est dans l’imaginaire fertile du romancier anglais William Boyd. On jurerait pourtant le contraire. Né à Montevideo, le héros de l’autobiographie fictive À livre ouvert (Seuil) a traversé le siècle. Grâce à ses cahiers intimes, on le suit depuis ses études à Oxford jusqu’à sa mort, en France, à 85 ans. Pendant la guerre d’Espagne, il fraie avec Hemingway à Madrid et croise Picasso à Paris. Durant la Deuxième Guerre mondiale, il se joint aux services secrets britanniques, aux côtés de Ian Fleming, le « père » de James Bond. Galeriste à New York, espion à Nassau, prisonnier en Suisse, l’homme a le don de se trouver là où l’action se passe. Un roman aussi palpitant qu’attendrissant, car ce survivant solitaire décrit aussi le côté sombre d’une vie parsemée d’échecs.

La face cachée de l’histoire

Oubliez l’image lénifiante de Christophe Colomb dressée par les historiens officiels. À peine débarqué en Amérique, le découvreur torturait les indigènes. Et que penser d’Abraham Lincoln? « S’il n’aimait guère l’esclavage, il n’allait pas jusqu’à considérer les Noirs comme des égaux », écrit Howard Zinn, professeur de l’Université de Boston. Son Histoire populaire des États-Unis (LUX) réécrit le passé, mais du point de vue du peuple: Amérindiens, Noirs, soldats et travailleurs. Né de parents juifs immigrants, Howard Zinn a forgé sa conscience sociale dans les slums de Brooklyn, où il a grandi. Ce militant des droits de la personne, qui s’est opposé à la guerre du Viêt Nam, signe un ouvrage fondé sur des études scientifiques conjuguées à l’histoire orale. Publié en 1980, le livre paraît en français dans une version mise à jour qui se termine sur les politiques guerrières de George W. Bush. « L’histoire nous apprend que l’avenir de paix et de justice en Amérique ne dépendra pas de la bonne volonté du gouvernement, mais du peuple », conclut-il.

Un pavé antiféministe

Ça va ruer dans les brancards! André Gélinas, ex-haut fonctionnaire du ministère de la Justice du Québec et du Conseil exécutif, soutient que la Loi sur l’équité salariale est une monstruosité sur les plans économique, politique et social. « C’est l’apothéose du mouvement féministe, dont les pressions ont fait fléchir les élus sans que personne ose en débattre », dit-il. Il le fait, lui, chiffres à l’appui et sur un ton provocant. Ainsi, il considère que les gardiens de prison méritent de gagner plus que leurs consoeurs et s’étonne que, dans les grandes surfaces, on assigne des vendeuses au rayon des outils. Dans L’équité salariale et autres dérives et dommages collatéraux du féminisme au Québec (Varia), il va jusqu’à prétendre que, chez nous, le machisme n’a jamais existé. « Je me suis amusé, reconnaît-il. Après tout, les féministes traitent bien les hommes de crétins et les tiennent injustement responsables de toutes les inégalités des siècles passés. »

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