Martin Bilodeau, rédacteur en chef de Mediafilm

Martin Bilodeau voit au bas mot 200 films par an. Collaborateur au Devoir, responsable de la rubrique cinéma pour Elle Québec, il assure, depuis 2006, la rédaction en chef de Mediafilm, premier fournisseur de contenu cinématographique en français au Canada.

Fou de Bergman et dingue de musique, le journaliste aime aussi le vin — le cabernet sauvignon en particulier —, ne rate pas une ligne de l’écrivain Philip Roth et connaît Jane Austen par cœur.

Photo : Jocelyn Michel

Qu’est-ce que Mediafilm ?

Une agence de presse spécialisée dans les contenus cinéma — synopsis, critiques, cotes, horaires (films en salles, films à la télé) —, dont les fondations reposent en premier lieu sur les notules publiées dans les télé-horaires. Toute cette matière est aujourd’hui accessible dans notre site.

Le cœur de la mission de Mediafilm, fondé en 1955, consiste à stimuler le sens critique des spectateurs et à former les cinéphiles de demain. D’où notre programme CinÉcole, qui propose des sorties cinéma de qualité aux élèves du secondaire.

On trouve à la fin des textes sur les films des remarques du style : « Consommation de drogues. Situation(s) à caractère sexuel. » Souci de moralité, vu que Mediafilm appartient à un organisme catholique ?

Mediafilm est en effet la division d’un organisme catholique, Communications et Société, qui lui laisse une entière liberté de contenu. Notre équipe n’a qu’une religion : le cinéma. Notre but n’est pas de déconseiller aux gens de voir tel ou tel film, mais de les informer, par une liste d’éléments objectifs, sur ce que ces films contiennent. Ce travail, je le reconnais, rejoint celui que fait déjà très bien la Régie du cinéma.

C’est l’abbé Robert-Claude Bérubé (1929-1991) qui, en 1968, a créé l’échelle d’appréciation artistique pour remplacer les cotes morales. Qui était-il ?

Un homme d’Église, bien sûr, mais un simple mortel humble et érudit, porté par sa passion pour le cinéma, qu’il a enrichie au sein de l’Office des communications sociales, et qui a inventé la notule télé que nous utilisons encore.

De nombreux organes de presse et diffu­seurs compensent leur manque d’arguments critiques par un système d’étoiles. Que valent les cotes de Mediafilm, de 1 (chef-d’œuvre) à 7 (minable) ?

Le système d’étoiles privilégié par les journaux est fondé sur la subjectivité de l’auteur du texte qui y est rattaché (quand on se donne le mal d’en faire paraî­tre un). Les cotes de Mediafilm sont dans l’ADN des Québécois. Ils les connaissent, elles ser­vent de repères. Elles reflètent l’accueil critique réservé à un film au moment de sa sortie, et non pas l’opinion d’une seule personne. Ce principe du consensus nous assure qu’elles pourront affronter l’épreuve du temps. Bref, les étoiles filent, les cotes restent.

Comment attribue-t-on une cote à un film ? En comité ?

Pas en comité, mais sous haute surveillance. La cote est d’abord attribuée par le critique qui voit le film, puis validée par la documentation que nous avons sous la main : dossier de coupures de presse, que nous consignons dans notre centre de documentation, textes parus dans Internet, etc. Lorsqu’il y a un doute, quand les critiques sont divisés, par exemple, nous lançons un appel à tous aux collaborateurs.

Quels sont les avantages de deve­nir membre de Media­film (+) ?

C’est d’avoir accès à une base de données unique au monde (les fiches de plus de 60 000 films, de 1910 à nos jours), et ce, en français, à l’heure où les clubs vidéo ferment boutique et où iTunes et Netflix accaparent le marché du téléchargement, exclusivement en anglais. La demande dépasse d’ailleurs nos attentes, et nous sommes en pourparlers avec divers établissements culturels et d’enseignement qui désirent offrir cette ressource à leurs usagers.

Martin Bilodeau donne sa définition d’un bon film, révèle sa première émotion cinématographique, annonce un récent coup de cœur, parle de sa plus belle et de sa pire rencontre avec des actrices, recommande Rebelle, de Kim Nguyen, et plus encore.