Michel Monty : Une vie qui commence… au cinéma

Michel Monty : auteur, metteur en scène, acteur quand ça adonne ; cofondateur de la compagnie Transthéâtre ; professeur au Conservatoire d’art dramatique de Montréal, où il a obtenu son diplôme en 1989 ; scénariste et réalisateur d’un premier long métrage, Une vie qui commence. Il a un petit air de loulou, mais avec de bonnes manières et une conscience sociale. « Je viens d’une quasi-délinquance et j’essaie de m’en sortir en faisant de la fiction. »

Photo : Jocelyn Michel
Photo : Jocelyn Michel

Sur son passeport, il aimerait pouvoir écrire : storyteller. Conteur ? Il répète : storyteller. Il choie en ce moment plusieurs projets d’écriture, se dit « idéaliste devenu cynique, maintenant réconcilié », et ajoute : « Je suis impatient, distrait, pressé, mais pas de vieillir. » Comme il se lasse de faire la même chose, il s’emploie à être divers. Dans sa caverne, on trouve de tout : du bon (sa pièce Cyberjack), du meilleur (sa mise en scène de La société des loisirs, de François Archambault), de l’aventureux (Le cabaret insupportable, expérience limite bien nommée).

« Je voudrais toujours être associé à une parole découlant d’une réelle nécessité, faisant le lien entre l’intime et le politique. » En 2008, il dirigeait des adolescents de la réserve amérindienne de Mashteuiatsh dans Le pensionnat, une dénonciation de la méthode d’assimilation culturelle imposée aux communautés autochtones du Nord de 1867 à 1970. « Le théâtre est un art de chair et de sang, où l’on a envie d’être plus provocant, plus engagé. Mais rien ne bat le cinéma pour raconter une histoire. »

L’histoire d’Une vie qui commence : démoli par la mort prématurée de son père, un garçon de 13 ans honore sa mémoire d’une façon obsessionnelle, qui inquiète sa mère, plus encline à vivre son deuil en faisant table rase du passé.

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Monty a trois ans quand il perd son père, en 1967. « Sa mort a été un sujet tabou dans ma famille. » L’écriture du scénario lui sert de catharsis et d’exutoire. « Mais je me suis aperçu que plus je sacrifiais des parties autobiographiques au profit de la fiction, plus le film s’améliorait. » Au point de remporter au dernier Festival international du film francophone de Namur, en Belgique, le Bayard d’or de la meilleure première œuvre. S’il explore le monde de l’enfance en deuil, le réalisateur vilipende au passage l’éducation conservatrice, couveuse d’une pensée unique.

« Le tournage fut éprouvant. Chaque soir, je me tapais une petite dépression nerveuse. » Aujourd’hui, il est tout à la joie de montrer son film et de l’accompagner dans les festivals. « Manquant encore de légitimité dans ce métier, je n’ai pas voulu faire mon frais. J’ai réalisé un film de facture classique, assez épuré pour permettre à l’émotion de parler fort. »

Une vie qui commence, avec François Papineau, Julie Le Breton et Charles-Antoine Perreault, en salles le 21 janv.