Michel Rivard : Explorer de nouveaux chemins

En proposant un spectacle qui allie théâtre et chanson, l’artiste emprunte une voie différente et savoure son plaisir d’interagir avec le public.

Photo : Marie-Claude Meilleur

À 67 ans, Michel Rivard n’a plus rien à prouver. Prix hommage de l’ADISQ en poche, il pourrait tranquillement passer le reste de sa carrière à reprendre ses plus grands succès. Mais en lui vit toujours l’envie de créer, de visiter des territoires inconnus et même de se mettre volontairement en position vulnérable. C’est ainsi qu’il présente depuis le printemps un spectacle théâtral en solo, L’origine de mes espèces, dont il a écrit le texte et les chansons, et qui raconte l’histoire de ses parents et de sa naissance. Une œuvre à la fois drôle et touchante, d’un créateur au sommet de son art.

Où et quand écrivez-vous ? 

J’écris quand ça me chante, quand ça urge, pour le plaisir ou, comme disait Éluard, pour le « dur désir de durer ». J’écris dans l’anarchie totale ou avec une discipline autoprogrammée, dans mon bureau, sur la table de la salle à manger ou au Café Rico, dans le bruit ambiant et les bribes de conversations.

Comment décririez-vous votre démarche artistique ? 

Comme un réseau de ruelles et de chemins de gravelle au bord desquels je glane des souvenirs, je ramasse des objets trouvés, je m’arrête pour me reposer… Je repars la tête pleine et là, je « gosse » des chansons, des poèmes, des textes que je redonne à ceux qui me permettent d’avancer.

Comment s’est passée la création de L’origine de mes espèces ?

D’abord, dans l’exaltation de me lancer, sous la poussée de ma blonde, dans une forme de spectacle nouvelle pour moi. Ensuite, dans le doute et le questionnement de trois ans d’écriture, de composition, de recherche et de quête personnelle. Enfin, dans la fébrilité du travail avec mes collaborateurs de haut niveau : Claude Poissant à la mise en scène, Alexia Bürger à la dramaturgie et Philippe Brault à la réalisation des chansons.

Quand je me suis rendu compte qu’en creusant l’intime je pouvais toucher l’universel, j’ai plongé sans retenue dans ma matière première.

Quel message vouliez-vous faire passer dans ce spectacle ?

Je ne pense jamais en fonction d’un message à livrer. À partir de l’histoire de mes parents, de mes doutes, de mes questionnements, j’ai concocté une œuvre. J’aimerais que ceux qui la reçoivent en retiennent l’extraordinaire de leur propre vie.

Comment avez-vous géré la composante autobiographique et très personnelle de cette œuvre ?

Au début, avec prudence et retenue. À mesure que le récit se précisait surgissaient les questions : puis-je aller là ? Dois-je aller là ? Quand je me suis rendu compte qu’en creusant l’intime je pouvais toucher l’universel, j’ai plongé sans retenue dans ma matière première. Je n’aurais cependant pas pu écrire ce récit du vivant de mes parents.

Qu’avez-vous découvert sur votre écriture en vous lançant dans la forme théâtrale ?

J’ai beaucoup appris en travaillant avec Alexia Bürger comme conseillère à la dramaturgie ; notamment qu’en coupant des pans de texte que je trouvais drôles ou poétiques, ce qui restait devenait limpide et efficace dramatiquement. J’ai appris l’humilité face aux ciseaux d’Alexia !

Est-il plus facile d’écrire une chanson à ses débuts ou après une longue carrière ?

C’est beaucoup plus facile au début et souvent moins bon ! Je ne renie rien, mais en spectacle parfois, en interprétant une de mes vieilles chansons, une petite voix me dit : « Pourquoi t’es pas resté assis une couple d’heures de plus à ton bureau ? » C’est plus difficile maintenant, mais je le fais avec des outils bien affûtés, qui prennent à l’usage la forme de ma main.

Quel est le meilleur conseil que vous ayez reçu ? Et le pire ? Les avez-vous suivis ?

Le meilleur : ne jamais présumer de rien ! (Oui, c’est le troisième accord toltèque…) Le pire : en reprendre même quand on n’a plus faim… ou soif. Malheureusement, j’ai suivi les deux.

Quelle partie de votre boulot vous rend le plus heureux ?

Je suis un homme de spectacle. Amener sur la place publique le fruit de mon labeur et m’en servir pour interagir avec d’autres êtres humains est un plaisir dont je ne suis pas près de me lasser.

De vos contacts avec des gens qui vous ont parlé de vos chansons, lequel vous est spécialement resté en mémoire ?

J’ai reçu plein de témoignages de gens qui m’ont confié qu’une de mes chansons les avait aidés à surmonter un bout difficile. C’est le plus beau cadeau qu’on puisse me faire. Mais terminons sur une note cocasse… Une année où j’étais particulièrement actif (écriture, nouvel album, spectacles, etc.), une dame m’arrête dans la rue et me dit : « Monsieur Rivard, on vous aimait tellement ! C’est de valeur que vous fassiez pus rien! » On est peu de choses…

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Excellent melodiste, toujours inspiré et avide de partager avec les gens. Il aurait pu être un excellent prof car il est un communicateur avant tout: paroles, musiques, humour, théâtre… Bref, un des rares artistes d’ici aux multiples talents. Toujours à l’affût!… Francois Robillard, , Notre-Dame des Prairies

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