Micheline Lachance : l’histoire avant tout

L’ancienne journaliste, surtout connue pour ses œuvres historiques (notamment l’excellente série sur Julie Papineau), publie ce mois-ci Ne réveillez pas le chagrin qui dort, qui débute… par une notice nécrologique !

Martine Doyon / Montage L'actualité

Quelle a été la bougie d’allumage de ce roman ?

Un jour, j’ai vu dans la rubrique des décès de La Presse la photo d’une femme qui me ressemblait. Je me suis demandé si une telle ressemblance pouvait devenir une obsession et chambouler la vie de quelqu’un.

Quelle est la signification du titre, tiré de l’œuvre de Jules Renard ?

Mes deux héroïnes ont réveillé le chagrin qui dormait en elles. La curiosité d’Anne la pousse à fouiller dans un passé qui ne peut que la meurtrir. Élisa, elle, s’entête à découvrir ce que personne ne veut lui dire. La figure du père est au cœur de ce drame. Anne ne comprend pas pourquoi le sien l’aime si peu, et Élisa se demande pourquoi le sien la rejette.

Votre roman est campé dans les années 1970 et 1980. Pourquoi avoir choisi cette époque ?

Ce sont des années fascinantes, en particulier pour les femmes. Le féminisme avait le vent dans les voiles : liberté sexuelle, accès à une carrière, vie à deux sans mariage, légalisation du divorce, possibilité de former une nouvelle famille… Parallèlement, les jeunes militaient pour un Québec indépendant. Tout devenait possible.  

Cela dit, regardez où nous en sommes. L’égalité des salaires n’existe pas, les femmes galèrent du matin au soir, elles se font violenter… Le Québec de mes rêves n’est que l’ombre de lui-même, accroché au Canada qui le méprise. Quel gâchis !

Y a-t-il une composante autobiographique dans ce roman ? 

Oui et non. Mon père n’était pas juge, mais médecin. J’ai habité Notre-Dame-de-Grâce et Sainte-Adèle, comme mes personnages. J’ai dirigé Châtelaine pendant cinq ans ; Anne, la journaliste fouineuse que les questions féminines passionnent, est donc un peu mon alter ego.

Quelques personnages ont réellement existé. La petite fille qui a reçu la fessée d’une bonne sœur, c’est moi. Les quatre tantes d’Élisa, ce sont les miennes. Le reste est de la pure fiction, même si j’ai emprunté quelques souvenirs à mes amis. 

De quelle réalisation êtes-vous le plus fière ?

Je suis fière d’avoir dépoussiéré Julie Papineau. Avant la sortie de mon roman, personne ne connaissait la femme du chef des Patriotes de 1837. Après, sa correspondance a été publiée, le Musée de l’Amérique française a monté une exposition à son sujet et une agence touristique a organisé un circuit pour marcher sur ses pas, dans le Vieux-Montréal. En revanche, je suis moins fière de ma biographie du cardinal Paul-Émile Léger. Comment ai-je pu l’écrire sans évoquer le scandale des religieux abuseurs d’enfants ? L’affaire n’était pas encore médiatisée, mais certains faits auraient dû éclairer ma lanterne.

(Québec Amérique, 280 p.)

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