Mireille Dubois, retraitée pour rire

Pour nous rencontrer, elle est venue de Sainte-Foy avec sa joie d’écolière, une cascade de « r » roulant en bouche et un rouge à lèvres pour la photo. Elle se présente en riant : « Humoriste de la relève. » Mireille Dubois a 59 ans, un passé de fonctionnaire.

Mireille Dubois, retraitée pour rire
Photo : Jocelyn Michel

« Quand j’ai pris ma retraite de la Ville de Québec, à 51 ans, je me suis fait une liste de projets à concrétiser. Un spectacle d’humour y figurait en bonne place et, si possible, avant le centre d’accueil. » Mais son divorce, « prévu sans être prévu », reporte ses plans et la remet au travail. Il a fallu la mort d’une amie pour que les priorités de sa liste reprennent leurs droits. « Pour me provoquer, j’ai réservé une salle avant d’écrire la moindre ligne. » En novembre 2007, elle s’autoproduit trois soirs au centre d’art La Chapelle, à Vanier.

Auprès de la famille, des amis et des collègues de la Ville, le succès est tel qu’il impose une représentation supplémentaire. Le directeur du théâtre, sous le charme, l’invite à faire partie de sa programmation en 2008. L’année suivante, elle remporte le prix Humoriste au Tremplin de Dégelis et le titre, non officiel, de la lauréate la plus âgée de toute l’histoire des concours d’artistes émergents !

« Aucun humoriste ne se sent en compétition avec moi. Dans les festivals, on me croit l’assistante de l’un des organisateurs ou la mère d’un participant. » En réalité, c’est la maman de Roselyne, 24 ans, et d’Alex, 22 ans, inconditionnels de ses vannes. « Ils ne m’ont pas du tout trouvée drôle à leur adolescence, période qui correspondait à ma préménopause. »

Née à Farnham, dans les Cantons-de-l’Est, au milieu de quatre frères et quatre sœurs, elle se souvient plus des fous rires autour de la table que du baloney dans les assiettes. « J’ai découvert qu’on était pauvres à l’âge de 14 ans, quand je suis allée chez une copine. » C’est peut-être ce constat qui l’incitera à choisir la sécurité d’un emploi stable plutôt que le métier de comédienne, qu’elle a envisagé autour de 20 ans. Mais le goût de faire rire ne l’a jamais lâchée. Au bureau, elle animait les soirées de « bien-cuit » destinées aux employés partant à la retraite.

Sa vie crée l’humus de son spectacle, Soir de premières : premier emploi à 16 ans, premier baiser, premier mariage, premier enfant, premier divorce, premier « rafraîchissement de la cinquantaine »…Le genre Dubois ? Ni vulgaire ni mielleuse, entre Lise Dion, pour la manière de raconter le quotidien, et Clémence DesRochers, son idole, pour l’autodérision.

Elle ne revient pas de ce qui lui arrive, elle qui croyait faire trois petits tours et s’en aller cocher un autre point sur sa liste (un voyage ?). Depuis, une jeune agence artistique, les Productions Feedback, l’a contactée pour s’occuper de sa « carrière ». « À mon âge, pas question de faire la tournée des bars, qui constitue le parcours de tout humoriste débutant. Je n’y allais même pas à 20 ans pour rencontrer des hommes ! »

 

Soir de premières, Cabaret Juste pour rire, à Montréal, le 15 mai, 514 845-2322 ; Cabaret du Capitole, à Québec, le 22 mai, 418 694-4444.

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