Moi Hamlet, toi William…

Qu’aurait pu écrire le héros de Shakespeare au prince William, appelé à accéder un jour au trône d’Angleterre ? Que la solitude des princes est bien grande ! Le comédien Benoît McGinnis nous fait partager les doutes et les angoisses du personnage qu’il incarne au TNM.

Moi Hamlet, toi William...
Photos : Yves Renaud et Getty

Cher Prince,

Sincèrement, je ne pouvais trouver meilleur allié que vous afin de discuter d’égal à égal de nos états d’âme, de nos doutes, de nos désirs et ambitions. Nous sommes jeunes, manquons de vécu et de sagesse, mais nous avons un destin, quoique le vôtre soit peut-être moins scellé que le mien.

Permettez-moi, même si je suis votre histoire à distance, d’avoir l’impression de vous connaître et d’imaginer comment vous pouvez vous sentir à certains moments importants de votre vie. De comprendre comment vous arrivez à vivre avec les yeux de tous braqués sur vous et à assumer votre passé, votre histoire, vos racines, dont vous n’êtes nullement responsable, mais que vous êtes obligé – ô combien – d’accepter.

Outre cette royauté, dont nous sommes tous deux issus, et au-delà des protocole­s et codes à respecter, j’ai envie de vous demander : arrivez-vous à vivre comme vous le voulez ? Vous sentez-vous, malgré tout, maître de vos décisions ? À quel niveau se situent vos ambitions et vos rêves ? Sont-ils seulement liés à l’accès au trône que l’on vous promet, à votre avenir de roi, ou restent-ils simples et centrés sur vos valeurs humaines ?

Je vous demande tout ça parce que je doute de tout en ce moment. Mes aspirations, mes envies, mes amours, les liens entretenus avec les gens de la cour, la fidélité, l’honnêteté, tout. Je me sens perdre la raison et j’ose le dire sans gêne : j’ai peur. Peur de sombrer dans mes délires et de me retrouver seul au monde tout en restant vivant. Je veux dire : être sur terre, mais isolé, incapable d’entrer normalement en contact avec les autres. Cette cour, avec ses mensonges et ses faux-semblants, va finir par me tuer et avoir raison de moi.

Te sens-tu fort, toi ? Désolé pour le tutoiement, mais… te sens-tu fort ? Comment fais-tu pour paraître bien et au-dessus de tout, en pleine possession de tes moyens et en bonne santé, et, tout en sachant tant de choses, pour continuer de sourire et d’avancer ? Sûrement que ta sublime Kate y est pour quelque chose. Elle semble te rendre heureux. Je ne peux pas en dire autant de ma relation avec Ophéli­e… de ma relation avec les femmes. Comment pourrais-je leur faire confiance, quand ma propre mère m’a trahi en prenant mon oncle pour époux ? Comment puis-je croire à des rapports humains sincères ?

Bon, je ne croyais pas t’écrire ce genre de trucs. J’avais envie d’échanger et je me retrouve à réfléchir seul de mon côté. Je t’envie. Je ne sais pas exactement pourquoi… peut-être parce que je t’invente une vie plus enracinée que la mienne et moins trouble ?

Si on se croise un jour, j’en serai très heureux. Si tu reçois ma lettre, ce sera déjà beaucoup. Si jamais tu oses me répondre… c’est inespéré. Tout le bonheur que tu mérites et la reconnaissance que tu souhaites.

Ton ami de loin,

Hamlet
(alias Benoît McGinnis)

 

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Hamlet, de Shakespeare, publié en 1603

Hamlet est seul à savoir que son père, roi de Danemark, a été assassiné par le frère de celui-ci, Claudius, qui a épousé la veuve de la victime, Gertrud­e, pour accéder au trône. Son père, qui lui est apparu sous la forme d’un spectre, demande à Hamlet réparation. Ce qui détruira l’esprit du fils, le poussera à commettre un meurtre et l’enverra à la mort.

Benoît McGinnis, interprète du prince danois au Théâtre du Nouveau Monde, dit : « J’ai écrit cette lettre au prince William en imaginant Hamlet vers le milieu de la pièce. Il se trouve alors dans un état avancé de doute, de folie, de remise en question. »

 

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HAMLET

Titre : Prince de Danemark.
Âge : Début vingtaine.
Mère : Gertrude, douce, aimante, passive, un brin inconscient­e.
Petite amie : Ophélie, gracile et fragile, dont la folie ne fera qu’une bouchée.
Destin : Venger l’assassinat de son père.
Particularité :
 Le monologue de Hamlet
(« Être ou ne pas être, telle est la question ») est sans doute le passage le plus célèbre de toute la littérature anglaise.

 

 

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LE PRINCE WILLIAM

Titre : Prince William de Galles.
Âge : 28 ans.
Mère : Lady Diana Spencer, princesse de Galles, morte le 31 août 1997 dans un accident de voiture à Paris, à l’âge de 36 ans. Elle était reconnue pour son engagement dans des œuvres caritatives.
Petite amie : Catherine Elizabeth Middleton, 29 ans, diplômée en histoire de l’art de l’Université de Saint Andrews, en Écosse, où elle a rencontré son prince charmant il y a 10 ans.
Destin : Devenir roi d’Angleterre (deuxième dans l’ordre de succession au trône après le prince Charles).
Particularité : C’est le plus « sage » des deux fils du prince Charles et de Lady Di. Le prince Harry, de deux ans son cadet et troisième dans l’ordre de succession au trône britannique, accumule les scandales depuis son adolescence.