Mon été en cinémascope

Le ciné-parc, en voie de disparition au Québec, est en train de renaître sous une nouvelle forme : les présentations publiques dans les parcs, accessibles sans voiture et qui offrent une programmation bien de son temps. 

Photo : Aja Palmer | Funambules Médias

Il y a quelque temps, à l’approche de l’été, j’ai été atteinte de « nostalgite » aiguë. J’ai eu envie d’aller au ciné-parc. Je ne sais pas pourquoi. Cela fait au moins 20 ans que je ne n’y suis pas retournée.

Il faut dire que je conserve un merveilleux souvenir des soirées insouciantes d’adolescence que j’y ai vécues dans la Honda Civic 1991 aqua coupée sport de mon premier amoureux. Je ris en écrivant ça, parce qu’à l’époque, pas mal tous les jeunes en avaient une. C’est tellement cliché !

Je me souviens des nachos, des hotdogs et du popcorn engloutis, et aussi d’autres petits détails que je garderai pour moi. Il demeure que, contrairement à la majorité de la clientèle, nous étions de véritables cinéphiles et portions (presque toujours) attention aux films…

Mais voilà, j’ai eu beau faire le tour de mes amis, il m’a fallu me rendre à l’évidence : je ne connais à peu près personne désormais qui possède une voiture. Ce qui, au fond, est assez logique considérant que l’écoanxiété est équitablement distribuée et partagée au sein de mon entourage très montréalais. Aller au ciné-parc ? Quelle drôle d’idée ! En effet…

Photo : Facebook / Ciné-Parc Orford

Disons-le franchement, juste le nom de la chose est un peu absurde. Ciné-parc. PARC ? Il n’y a pourtant pas de chlorophylle ou de grand air impliqués dans cette activité autrefois populaire, qui consiste à assister à une projection dans un stationnement de gravelle, assis à l’intérieur d’une voiture. Le ciné-parc est au divertissement ce que le service à l’auto est à l’alimentation: un artefact anachronique à l’époque de la crise climatique.

D’ailleurs, si les premiers semblent en voie de disparaître — il ne reste plus qu’une poignée de ciné-parcs au Québec — le service au volant, lui, demeure populaire. La bonne nouvelle, c’est que de plus en plus d’élus agissent pour contrer cette « invention » sous forme d’ode à la paresse humaine et polluante au possible, car exigeant un moteur qui tourne au ralenti. Au fait, saviez-vous que la marche au ralenti de plus de 10 secondes consomme davantage de carburant et produit plus de CO2 que le redémarrage ?

Parlant d’incongruité, alors que les Canadiens et les Québécois se disent de plus en plus préoccupés par l’environnement à l’approche des élections fédérales, notre parc automobile, lui, est de plus en plus constitué de VUS et de pickups. Selon un récent rapport de l’Agence internationale de l’énergie, le Canada arrive même bon premier en matière de possession de véhicules les plus polluants par personne et d’augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES) automobiles, soit 206 grammes de CO2 par kilomètre parcouru.

Comme l’a écrit le journaliste scientifique à La Presse Philippe Mercure, considérant que le transport compte pour 43 % des émissions de GES au Québec, comment espérer atteindre nos cibles de réduction en mettant toujours plus de véhicules, de plus en plus gros et énergivores, sur nos routes ?

M’enfin, l’été a fini par arriver et, plutôt que me rendre au ciné-parc, je cumule les projections cinématographiques en plein air, projections auxquelles je me rends à vélo. Documentaires engagés, blockbusters, films noirs, cinéma de répertoire, fleur du 7e art italien, cinéma d’animation: à Montréal, tout y passe, jusqu’à une projection flottante du Parc jurassique au complexe aquatique du Parc Jean-Drapeau

En fait, il y a tellement de séances sous les étoiles que je n’arrive pas à assister à chacune d’entre elles, malgré ma passion pour celles-ci. Surtout que je peux aussi assister à des concerts, voir des spectacles de danse, de cirque et du théâtre un peu partout dans les parcs de ma ville. Et ça, c’est sans compter l’offre de tous les festivals dans les quartiers centraux ou en périphérie.

C’est simple, certains soirs d’été, il me faudrait avoir le don d’ubiquité. Pas mal tous les soirs, en fait. C’est un beau problème. J’adore passer mon été dans les parcs, dans de véritables espaces verts avec des arbres, des fleurs, des étangs…. Il y a un réel plaisir à s’esclaffer, être ému ou hurler de peur ensemble, dehors, plutôt que chacun dans nos petits habitacles clos.

Signe des temps, dans l’arrondissement montréalais de Verdun, le milieu culturel et la société de développement commercial locale se sont alliés pour réhabiliter le toit du stationnement de l’artère commerciale Wellington. Imaginez-vous donc qu’ils en ont fait un lieu de diffusion écolo. On y tient, là aussi, des projections cinématographiques, en plus de concerts, de séances de yoga, d’ateliers de verdissement, et on y pratique même l’agriculture urbaine dans de vieux pneus recyclés. Ça ne s’invente pas!

Ce genre d’initiative m’impressionne autant qu’il me réjouit. J’admire le milieu culturel qui, contrairement aux idées reçues, est un indéniable moteur de développement social et économique pour les communautés. Des bienfaits auxquels s’ajoute souvent un authentique souci environnemental. Et c’est un phénomène qui s’observe partout dans la province. Par exemple, quelques festivals ont adopté cette année le modus operandi zéro déchet, une vague qui, je l’espère, finira par les gagner tous.

Avant d’avoir l’air de trop m’emballer, indécrottable optimiste que je suis, je sais que bien nous vivons encore à l’ère du tout à l’auto et que le XXe siècle ne nous a pas tout à fait quittés, mais le monde change. Trop lentement à mon goût, mais indéniablement. Et le milieu culturel pourrait bien montrer la voie.

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