Montréal, terre de swing

Cette danse des années 1930 renaît en Occident, pimentée de nouvelles acrobaties et d’accents de hip-hop. Les Québécois adorent !

L'ambiance est électrique les mardis soir au Petit Medley, à Montréal.
Photo : Christian Blais

La piste du Petit Medley, un bar de Montréal, est pleine à craquer en ce mardi soir. Sur de vieux airs d’un orchestre de jazz, une trentaine de couples enchaînent les mouvements de lindy-hop, de charleston et de balboa, trois danses swing qui ont connu leurs heures de gloire dans les années 1930 et 1940. Tombé dans l’oubli au cours des années 1970, le swing reprend vie partout en Occident. Et Montréal est un des chefs de file de cette renaissance, avec 500 danseurs actifs et 4 écoles phares. Peu importe le soir de la semaine, des jeunes de 20 à 35 ans apprivoisent la danse de leurs grands-parents, inventent de nouvelles acrobaties et incorporent des notions de hip-hop et d’autres danses.

Voir le répertoire « Où danser le swing au Québec ? » >>

La renaissance du swing a débuté dans les années 1990, quand des groupes de musique de la côte ouest américaine – comme Big Bad Voodoo Daddy, les Cherry Poppin’ Daddies et le Brian Setzer Orchestra – ont commencé à puiser dans la rythmique des orchestres de jazz de la première moitié du 20e siècle. Avec un résultat explosif : une musique dynamique où les cuivres sont à l’honneur.

À la même époque, de jeunes Suédois de Stockholm décortiquaient les pas à partir de vieux films d’époque. « Un travail minutieux qui a permis de redé­couvrir les mouvements du swing », explique Didier Jean-François, 34 ans, cofondateur du Studio 88-Swing, une des écoles les plus actives de Montréal avec 200 élèves par session. Tout était en place pour l’éclosion du « néoswing » un peu partout dans le monde : Stockholm (Suède), Melbourne (Australie), Los Angeles, Washington… et Montréal.

Annie Trudeau, 29 ans, et son partenaire, Max Pitruzella, 26 ans, collectionnent les titres internationaux. Ils forment le couple de danse swing le plus décoré de la planète. Quand Annie Trudeau a commencé à danser, en 1999, le swing était pour ainsi dire inexistant à Montréal. « Nous devions faire venir des professionnels des États-Unis et d’Europe afin de peaufiner nos mouvements », dit cette ancienne gymnaste, aussi cofondatrice du Studio 88-Swing.

La présence de champions québécois ne peut à elle seule expliquer la vitalité de cette danse à Montréal. « Au Studio, nous nous sommes donné une mission : la rendre accessible au maximum de personnes », dit Didier Jean-François. Chaque soirée au Petit Medley commence donc par un atelier pour les non-initiés, où ils peuvent apprendre les pas et les mouvements de base. « Contrairement à celle de certaines villes, notre communauté swing n’est pas élitiste », dit-il.

En moins d’une décennie, l’augmentation du nombre de danseurs – on l’estime à plus de 1 000 actifs au Québec – a permis à de nouvelles écoles de voir le jour. Ce qui a eu pour effet de multiplier les soirées de danse et les manifestations d’envergure, dit Zack Richard, pilier du Studio 88-Swing, qui a ouvert sa propre école, la Swing ConneXion, en 2003. Ce danseur, un des plus primés au Canada, propose chaque mercredi des soirées au bar Les Bobards, où les danseurs peuvent se trémousser au rythme d’un orchestre.

Du 21 au 24 mai prochains, des danseurs venus aussi bien d’Europe, d’Australie que des Amériques participeront aux neuvièmes Championnats swing canadiens, qui offrent de nombreux ateliers de formation en plus de couronner des champions.