Moteur de Pesot

Deux yeux clairs et des favoris qui s’avancent sur les joues comme des pelles à tarte : Sébastien Pesot, 39 ans, pratique les arts médiatiques. Après avoir réalisé de nombreuses monobandes vidéographiques, qui ont vu une vingtaine de pays, il a voulu investir l’espace physique pour s’adonner à la performance et à l’installation.

Moteur de Pesot
Photo : Guillaume Simoneau

Né à Rimouski, il a grandi à Sherbrooke ; père allemand, mère prof de littérature. Il a commencé sa vie d’artiste à Montréal, avant de troquer, en 2006, la vocifération urbaine contre le calme de Hatley, dans les Cantons-de-l’Est, où il vit avec sa compagne et leurs deux filles. C’est cette année-là que l’ex-batteur de groupes punk-rock réunit ses passions vidéographique et musicale dans Caméra Orchestra : chef d’orchestre d’un dialogue entre trois écrans, il fixe au mur une batterie, dont il joue, le soir du vernissage, installé à l’horizontale. Pesot a de l’humour. En témoigne aussi Face-à-face, vidéo dans laquelle il se met en scène pour se moquer du discours brumeux qu’adoptent les artistes quand ils se mettent en frais d’expliquer leur démarche.

Chez lui, pas de message tonitruant, mais un engagement social en douceur. « À Montréal, c’était facile d’être contre la voiture. À la campagne, j’en suis dépendant. » L’automobile se fait la complice de son récent travail sur l’autoportrait. Jeu de mots et autodérision.

Au Centre culturel de l’Université de Sherbrooke, où Auto ~ a été étrennée à l’automne 2009, sa vieille Honda 1992 accueillait les visiteurs, intrigués par l’habitacle sérieusement enfumé – métaphore d’un cerveau en ébullition. « C’est dans cette auto que j’ai conceptualisé la plupart des œuvres qui forment le corpus de l’expo. » Par exemple : Mobile, un abri pour voiture converti en surface de projection pour une série d’images où l’on aperçoit Pesot, dans une espèce de chorégraphie, pelleter de la neige. Pour filmer de haut le toit de son véhicule, qui sert d’écran à l’installation Cinétique, il a dû percer un trou dans le toit de son garage. « Ce qui a donné lieu à une négociation avec ma blonde ! » Il rigole, il a soudain 10 ans ; on l’imagine jouant à craquer des allumettes. Ce qu’il a fait d’ailleurs pour Feu forêt, exposition présentée à Berlin en juillet dernier, où un tableau-sculpture intégrait une dizaine de petits écrans ACL sur lesquels des sapins flambaient.

Pour allumer la région sherbrookoise, plutôt sage artistiquement, Sébastien préside le conseil d’administration du centre en art actuel Sporobole, parrain de la manifestation Espace [im] média, dont il est le commissaire et le coordonnateur. Artiste et agent de sa personne, Pesot lâche, narquois : « Là, il faudrait que je me promeuve un peu. » Les pièces d’Auto ~ et son site Web (sebastienpesot.com) se révèlent d’excellentes cartes de visite.

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Auto ~, Musée d’art contemporain des Laurentides, à Saint-Jérôme, du 12 sept. au 3 oct., 450 432-7171.