Musique

La rentrée s’est caractérisée par une offre francophone particulièrement riche. Voici un tiercé qui marquera l’automne.

Échapée belle
Caracol / L’arbre aux parfums Indica/Outside
On ne change pas une équipe gagnante ? Carole Facal ne l’entend pas de cette oreille. Malgré l’imprévisible et néanmoins colossal succès du duo Dobacaracol, qu’elle formait avec Doriane Fabreg (et dont de nombreux amateurs semblaient réclamer d’autres albums !), la belle se lance à l’eau fin seule et nous déballe 14 chansons très personnelles, toutes écrites en solo. Plus de nattes, plus de djembé, mais de nouveaux choix esthétiques assez bien assumés. Carole caracole (le jeu de mots n’est pas vilain), mais elle s’éloigne volontairement de cet exotisme hippie ou pseudo-africain grâce auquel son groupe multiethnique typiquement montréalais avait fait carrément le tour du monde. La nouvelle recette n’est pas facile à décrire non plus. Si la chanteuse ne possède pas une voix extraordinaire, elle s’est façonné une manière, une écriture mélodique adaptée à son style et à ses quelques mimiques craquantes. Elle dévoile ses déboires amoureux avec des sonorités originales où se mélangent l’orgue, l’ukulélé, le mellotron, la guitare lapsteel. Parfois aussi les cuivres et les cordes, avec des cadences fantaisistes, comme dans « L’amour est un tricheur », « Viens vers moi » ou « Le livre de la colère », qui rappellent « The Tide Is High », vieux succès calypso de Blondie. Réalisé avec audace et minutie par Sébastien Blais-Montpetit, l’album pousse la direction artistique jusqu’à une extraordinaire galerie de portraits avec acteurs dans sa pochette brune. Du beau risque. R. B.

Cliquez ici pour écouter « L’amour est un tricheur ».

L’art pour l’art
Louise Forestier / Éphémère JKP/Select
Ex-excentrique, éternelle éphémère, Louise Forestier aura quand même duré plus de quatre décennies dans le paysage de la chanson québécoise. Une artiste authentique qui a vieilli en beauté, peut-on dire sans l’insulter, tant elle a su rester libre et généreuse d’émotion et de lucidité. Car si elle n’a rien à prouver, Mme Forestier a encore des choses à dire. Au milieu des vieux potes et de ses nouveaux amis (Jean-François Groulx, Catherine Major), la chanteuse bénéficie de l’écoute et du savoir-faire de son propre fils, Alexis Dufresne — alias El Motor —, qui s’installe aux commandes. Nostalgique mais sans amertume, elle écrit : « Hier est une photo ratée sans le regard allumé du présent. » Tout Louise… R. B.

Cliquez ici pour écouter « Loin d’ici ».

 

Les doigts dans le nez
Thomas Fersen / Trois petits tours JKP/Select
Au Québec, on adore Thomas Fersen ! Autant dire que ce 10e album du singulier chanteur français (son premier disque entièrement montréalais) scelle enfin des noces auxquelles personne ne s’opposera. Pour l’occasion, on a fait appel au célèbre photographe Jean-Baptiste Mondino, et on retrouve intact cet univers drolatique peuplé de quelques fêlés et d’une panoplie d’objets biscornus (de vieilles valises, des gratte-dos, du formol, des guitares de poupée font l’objet des 11 chansons). À l’instar de son compatriote Arthur H, qui enregistre désormais au Québec, Fersen, seul auteur-compositeur français qui écrive encore des chansons sur les mouches et les concombres, remet les clés à l’accessoiriste en chef, l’ineffable Fred Fortin, qui arrange et réalise tout en laissant libre cours à sa fantaisie. R. B.

Cliquez ici pour écouter « Les mouches ».

 

Un nom à retenir
Edward Elgar, Richard Strauss, Maurice Ravel / Sonates pour violon et piano.
Jonathan Crow, violon ; Paul Stewart, piano. ATMA ACD2 2534.
Pourquoi Jonathan Crow a-t-il troqué le poste prestigieux de violon solo de l’Orchestre symphonique de Montréal, en 2006, contre une carrière risquée de soliste ? D’autant plus qu’en 2002, à 25 ans, il devenait le plus jeune musicien d’Amérique du Nord à occuper cette fonction au sein d’un grand orchestre ? Réponse sur ce disque, son premier album solo, qui révèle un musicien du plus haut calibre. Dès le départ canon de la Sonate d’Elgar, on sent qu’on a affaire à un violoniste dont il faudra se souvenir. Tout y est : l’assurance dans les attaques, la plénitude du son, la justesse des notes, l’instinct dans l’interprétation et une ferveur qui force l’attention. L’artiste britanno-colombien, en duo avec l’excellent Paul Stewart, s’offre de surcroît le luxe d’un répertoire hors sentiers, avec ces œuvres fort valables mais rarement jouées. La Sonate d’Elgar possède un souffle étonnant, et quelle bonne idée de sortir des oubliettes la Sonate posthume de Ravel, découverte après la mort du compositeur. Vivement le prochain disque ! V. R.

Cliquez ici pour écouter « Improvisation ».

 

La reine Martha
Martha Argerich / Evening Talks (Conversations nocturnes)
. Documentaire sur la pianiste argentine réalisé par Georges Gachot, avec de nombreux extraits de concerts et de répétitions. DVD Medici Arts 3073428.
Document précieux que ce film où l’immense Martha Argerich, qui fuit habituellement les caméras, se raconte avec un naturel et un humour désarmants. Merveilleux de voir agir en direct et en gros plan le charisme de la lionne du clavier, dont la technique et la présence subjuguent les auditoires depuis des décennies. Ne pas rater les suppléments, qui donnent un aperçu de ses pouvoirs. V. R.

Regardez la bande-annonce du documentaire Evening Talks.

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