MUSIQUE

Trois grands noms de la chanson se retrouvent, quelques décennies plus tard, au rayon des nouveautés.

MERCI À TOI, MICHEL
MICHEL FUGAIN / BRAVO ET MERCI Spectra/Select

Qui n’a pas aimé Fugain ? Ce type-là, c’était notre pote à tous. Un rassembleur, un leader écolo-socialiste, un vrai Monsieur Bonne Humeur avec ses saltimbanques du Big Bazar. Évidemment, le succès de « Un beau roman (Une belle histoire) » fait qu’on lui a collé une étiquette de « variétés ». Puis, la défection de Pierre Delanoë, son parolier fétiche, et surtout la mort de sa fille, il y a quelques années, ont bien failli mettre un terme définitif à sa carrière de chanteur et de compositeur. Car Fugain n’a jamais chanté que du Fugain. Et son talent inné pour mettre une mélodie sur un texte, il l’applique ici à merveille à des strophes que ses amis lui envoient, avec l’idée non déguisée de lui remonter le moral. Chédid, Le Forestier, Lama, Manset, Aznavour et même Nougaro : ils sont venus, ils sont tous là. Le résultat est parfois flamboyant, comme cet « Alléluia » sur un mode flamenco orchestré magnifiquement par le guitariste Louis Winsberg. C’est sûrement ce que l’on appelle « avoir du ressort ». Merci à toi, Michel, pour ce bel éventail. Et encore bravo !

FAIRE DU VIEUX AVEC DU NEUF
BERNARD LAVILLIERS / SAMEDI SOIR À BEYROUTH Barclay/Universal

Ex-boxeur de Saint-Étienne, surnommé autrefois « Fauve d’Amazone » — du titre de l’une de ses spectaculaires chansons —, cet aventurier au long cours continue de visiter les points chauds de notre petit globe et d’enregistrer ses albums concepts très loin de France et de Navarre. Retour à Kingston, passage à Memphis, escale à Beyrouth, voici un compact qui cultive le vrai reggae de chez Marley, la vraie soul des frères Mitchell, dans leurs fiefs respectifs. Trente ans après T’es vivant ?, Lavilliers ne s’est pas complètement assagi (à preuve, cette chanson « politicomique » dans laquelle il croque Hugo Chávez : « Balèze »). Il ralentit pourtant le tempo, et sa musique — avec basses rondes, cuivres poisseux et guitares wah-wah — semble charrier comme une immense lassitude. « Tu te ramollis, grand frère, t’es plus seul qu’avant », s’inquiète-t-il dans ce « Solitaire » qui ressemble fort à un autoportrait.

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DU BEAU, DU BON DUTRONC
THOMAS DUTRONC / COMME UN MANOUCHE SANS GUITARE ULM/Universal

Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point… Mais le fils de Françoise Hardy et de Jacques Dutronc a préféré patienter avant de signer un album parfaitement à son goût. Le résultat est un véritable petit délice. Swing manouche, bossa-nova, pièces instrumentales très jazz, la voix nasillarde de son papa : ici, on cultive le farniente avec humour et on comprend pourquoi Thomas s’est retrouvé compositeur et guitariste pour des gens aussi différents qu’Henri Salvador et San Severino. Et puis le coquin nous offre même un hymne à la « patate » : « Les frites bordel » !

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CLASSIQUE
VÉRONIQUE ROBERT

DU GRAND LEPAGE
IGOR STRAVINSKI / THE RAKE’S PROGRESS. Opéra mis en scène par Robert Lepage. Laura Claycomb, soprano ; Andrew Kennedy, ténor ; William Shimell, baryton. Orchestre et chœur du Théâtre de la Monnaie, dir. Kazushi Ono. Coffret de deux DVD. Opus Arte 0991 D.

Robert Lepage triomphe dans cette mise en scène du chef-d’œuvre dramatique de Stravinski. Cette version moderne du mythe de Faust, coproduction de cinq maisons d’opéra réputées, fournissait à notre alchimiste du théâtre une partition sur mesure. Lepage l’explique dans l’interview offerte en complément : cette musique, qui tricote allégrement le futur avec le passé — les récitatifs sont accompagnés au clavecin —, est toute en clins d’œil et en trompe-l’oreille. L’opéra a été composé, de surcroît, au moment où naissait la télévision. Il n’en fallait pas plus pour que Lepage, virtuose de la collision des époques et adepte de la technologie, transpose l’action dans le Hollywood des années 1950. Le metteur en scène gagne ce pari risqué grâce à l’intelligence avec laquelle il use des énormes moyens à sa disposition — hélas hors de portée de l’Opéra de Montréal — et, surtout, aux formidables acteurs-chanteurs, toujours émouvants dans cette lecture au second degré. Le finale est bouleversant. Une réalisation tour de force, rehaussée par une image et un son exceptionnels.

MOLTO MEZZO
FRAUENLIEBE UND LEBEN / ŒUVRES DE ROBERT SCHUMANN, CLARA SCHUMANN ET JOHANNES BRAHMS. Susan Platts, mezzo-soprano ; Rena Sharon, piano. ATMA CLASSIQUE ACD2 2586.

La voix est belle et bien conduite, la diction impeccable, le style très juste. Cela a valu à la mezzo canadienne Susan Platts de devenir la protégée de la grande Jessye Norman. Ces mélodies de trois compositeurs qui formèrent un trio dans la vie soulignent l’aptitude de la chanteuse à moduler la couleur de sa voix. En prime, la musique rarement entendue de Clara Schumann.

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