MUSIQUE

Ils sont dans la course, mais se tiennent hors des sentiers battus. Sur la scène francophone, ils incarnent une issue au conformisme et à la monotonie.

FÉE DES ÉTOILES
Naïla / Compteuses d’étoiles Indica/Outside
Voici une parfaite inconnue avec un premier album qui pourrait causer une drôle de surprise en cette fin d’hiver. Un brin de folie, un côté pop assez théâtral, un air faussement kitsch, aussi. L’essentiel de ce petit délire provient d’une production maison, toute concoctée et jouée par l’artiste de Québec et son fidèle complice — un certain Bilbo André. D’où cet aspect brouillon, mais créatif et assez vivifiant. Mise en boîte par Watcat au studio Masterkut, à Montréal, cette première œuvre mélange joyeusement les grooves à base de guitare et de vieux synthés. Elle voyage dans des ambiances rock, dance, électro, funk ou reggae avec beaucoup de naturel. D’où son charme. De plus, c’est truffé de refrains irrésistibles (« Bora Bora ») et d’allusions candides à la Vieille Capitale (« Na de Maizerets », « L’île d’or béante »).
Cliquez ici pour écouter « L’île d’or béante ».

FAUX ET USAGE DE FAUX
Tomás Jensen / Quelqu’un d’autre GSI/Select
Il s’est finalement débarrassé de ses frères d’armes, Les faux-monnayeurs, et s’est nettement écarté de la veine sud-américaine. Mais Jensen n’en reste pas moins un délinquant, un marginal qui proclame volontiers : « La morale et le vermouth, je n’y ai jamais goûté ! » La voix parle plus qu’elle ne chante sur ces textes teintés d’humour insolent « à la Jean Leloup ». Heureusement, le design sonore agencé par François Lalonde avec moult outils électroniques fait que cet opus ne manque pas de tonus. L’effet fanfare bohème a d’ailleurs complètement disparu au profit de superbes arrangements de cordes. Et de « Montréal » à « Ernesto » (clins d’œil à la ville et à Che Guevara), quelque chose accroche l’oreille.
Cliquez ici pour écouter « Ah l’amour »

DR. MONO & MR. HYDE
Monsieur Mono / Petite musique de pluieAudiogram/Select
Caché derrière Les Chiens… enragés, le rockeur Éric Goulet, guitariste de son état, réalisateur par accident ou par vocation — l’histoire ne le dit pas —, signe cette fois une œuvre très calme et très personnelle. On est loin de Mozart ici. Mais ce chapelet de 12 chansons planantes s’enfile comme une période bleue, remplie de spleen, avec même par moments un ensemble de musique de chambre pour adoucir les mœurs. On entend Ariane Moffatt dans « Comme en temps de guerre », et Mono défend bien ses textes de son timbre un peu voilé, qui rappelle de loin Richard Desjardins. Dans la pochette, on a écrit : « Fait avec amour, à Montréal, en l’an de grâce 2007. »
Cliquez ici pour écouter « Dors, mon amour, dors »

VÉRONIQUE ROBERT

ESPRIT DE SUITES
Jean-Sébastien Bach / Intégrale des Suites pour violoncelle seul. Anne Gastinel, violoncelle. Coffret de 2 CD. Naïve V 5121.
Les Suites pour violoncelle seul de Bach sont l’Everest que tout violoncelliste rêve d’escalader. Vu la maturité qu’exigent ces œuvres, la plupart des interprètes prennent leur temps : le grand Casals a attendu d’avoir 60 ans, Rostropovitch, 69. La nouvelle génération est plus audacieuse — Yo-Yo Ma les a conquises à 35 ans. Anne Gastinel, violoncelliste française qui, à 36 ans, a près de 20 ans de carrière dans sa besace, fait régulièrement le grand écart entre Haydn et quelque contemporain, en passant par Beethoven et Dvořák. Mais les Suites mijotaient depuis longtemps et cet enregistrement en témoigne. Selon les termes mêmes de l’interprète, cette musique est à la fois aérienne et terrestre. De fait, si l’artiste se laisse gagner par des envolées poétiques dans les préludes, la danse n’est jamais loin dans les autres mouvements. Le tout porté par la sonorité exceptionnelle de l’instrument construit par Testore en 1690, un prêt du Fonds instrumental français. Ce qui lui permet, dit Anne Gastinel, « d’étreindre son bel Italien tous les jours »…
Cliquez ici pour écouter le Prélude de la Première suite pour violoncelle no 1 en sol majeur BWV1007

ÉTONNANTE VALÉRIE LEMERCIER
Serge Prokofiev / Pierre et le loup et autres contes mis en musique par des compositeurs russes. Valérie Lemercier, récit ; Orchestre national du Capitole de Toulouse, dir. Tugan Sokhiev. Naïve V 5073.
Suggestion de cadeau de Pâques pour les enfants : le célèbre conte Pierre et le loup, de Prokofiev, récité par la comédienne française Valérie Lemercier. La Béatrice du film Les visiteurs troque ici ses dons d’humoriste contre une déclamation très classique. De plus, cette dessinatrice fervente signe les illustrations ! Un classique qui ne se démode pas.
Cliquez ici pour écouter l’introduction de Pierre et le loup