Musique

L’originalité emprunte mille visages. Voici trois nouveaux albums dans lesquels les artistes personnalisent leur œuvre en toute liberté.

MINORITÉ VISIBLE
MUSA DIENG KALA / EXIL Disques XXI / Dep

Où était passé Musa Dieng Kala ? Il nous avait offert un premier album impressionnant il y a 10 ans, entre Dakar et Chicoutimi, puis un deuxième encore plus imprégné de mysticisme. Le grand Sénégalais avait terminé ses études de cinéma, et s’était éloigné de la scène québécoise pour s’engager encore plus profondément dans la confrérie soufie, de culte musulman. Et voilà qu’il resurgit d’un coup avec un long métrage percutant et un disque fort, à la fois intense et atypique. Le film Dieu a-t-il quitté l’Afrique ? est un docufiction très bien construit et lucide sur l’immigration clandestine européenne issue du continent noir, tandis qu’Exil relate l’histoire et les messages d’un maître spirituel, Cheikh Amadou Bamba — réputé fondateur de la doctrine mouridiste —, avec une ferveur qui frise le fanatisme. Pourtant, cet album prêche la tolérance, l’intégration et la fraternité entre les peuples. Et Musa Dieng Kala s’approprie volontiers sa terre d’accueil avec un titre (« Le Québec est mon pays ») qui risque d’en surprendre plus d’un. Il reste que le meilleur vient de l’orchestration inusitée et, en même temps, de cet engouement spirituel ardent qui traverse l’œuvre de bout en bout. Musa n’a pas l’air d’un chanteur ou d’un cinéaste à première vue, mais comme on dit : méfiez-vous des apparences !
Cliquez ici pour écouter « Exil  ».

AVEC LE TEMPS… TOUT REVIENT
CIPELLI, TESTA, FRESU, ETC. / F. (À LEO) Justin Time / Fusion III

Léo Ferré aimait l’Italie. Les Italiens le lui rendent bien. Surtout ici, sur ce disque-hommage véritablement exquis. La révérence au poète est d’autant plus insolite qu’elle est faite par d’authentiques jazzmans — comme le pianiste Roberto Cipelli, instigateur de l’aventure — et chantée en français par notre Turinois favori, le moustachu Gianmaria Testa. Au lieu de nous offrir une collection de succès du maître Ferré, les artistes procèdent par sublimes digressions. Même si l’on y reconnaît les mots d’« Avec le temps », la mélodie d’« À Saint-Germain-des-Prés », des bribes de « L’art poétique », de Verlaine, cet album vagabonde à son gré et tente plutôt de s’emparer de l’esprit et de la lettre d’un titan de la chanson. Intemporelle et touchante (comme ce « Colloque sentimental » avec le trompettiste Paolo Frésu en état de grâce), cette création est l’une des plus originales qu’on ait goûtées cette année.
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ATTENTION, TALENT !
DAVID MARIN / À CÔTÉ D’LA TRACK Pixelia/Select

Réalisé sur mesure par l’incontournable Louis-Jean Cormier, l’âme inspirée du groupe rock Karkwa, ce premier album a bien du mérite. D’abord parce qu’on y trouve instantanément un son : un peu trash, mais nettement différent de la production actuelle. Ensuite, par la manière dont on trace le portrait de ce drôle d’énergumène qu’est David Marin, un auteur-compositeur plein d’humour caustique et qui est loin d’être « à côté d’la track », comme le suggère le titre de l’album. Plus engagé socialement que Vallières, moins farceur que Karloff ou Pépé, voici celui que MySpace appelle « le maringouin » de la chanson.
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KARAJAN SUPERSTAR
LE 100E ANNIVERSAIRE DE HERBERT VON KARAJAN / Plusieurs coffrets de l’intégrale des enregistrements de Herbert von Karajan chez EMI : orchestre (88 CD), opéra (72 CD), La légende (2 CD), Les neuf symphonies de Beethoven (5 CD), Les grands enregistrements (8 CD), Les 100 meilleurs enregistrements (6 CD).

Le chef tyrannique et flamboyant qui subjugua l’univers classique au 20e siècle aurait eu 100 ans le 5 avril 2008 — Herbert von Karajan est mort en 1989 —, et on commémore cet anniversaire à coups de coffrets-hommage. Ceux d’EMI, qu’on peut acheter séparément, couvrent la période la plus vaste (de 1947 à 1981). On a reproché à Karajan, entre autres, son narcissisme, témoins ces vidéos dont il réglait la mise en scène au quart de tour ; sa « pipolisation » du classique — il pilotait son propre jet, collectionnait les voitures, yachts et épouses de luxe ; ou un marketing éhonté — sa discographie frise les 1 000 disques, notamment parce que ce passionné de technologie profitait de l’arrivée d’un nouveau support, disque 33 tours ou CD, pour réenregistrer massivement. Mais ses inconditionnels rappellent que, sous sa férule, l’Orchestre philharmonique de Berlin est devenu le plus grand du monde, que le fameux « son Karajan », fait de legato, d’homogénéité et de cordes luxuriantes, a donné des moments inoubliables, en particulier chez Richard Strauss, Beethoven et Bruckner.

LE CROISÉ S’AMUSE
MARC-ANDRÉ HAMELIN IN A STATE OF JAZZ. Œuvres de Friedrich Gulda, Nikolai Kapustin, Alexis Weissenberg et Georges Antheil. Hyperion CDA 67656.

Notre découvreur national, le surdoué Marc-André Hamelin, poursuit ses explorations d’œuvres qui sortent des sentiers battus, ici celles de compositeurs inspirés par le jazz. Avec sa virtuosité et sa sensibilité habituelles, il nous fait partager son émerveillement devant des pièces qui ont l’air improvisées, mais qui ne le sont pas. Le plaisir qu’y prend le pianiste est aussi évident que contagieux.

Cliquez ici pour écouter « Exercice no 4 from Play Piano Play (Allegro ma non troppo)  ».

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